1870-1871 EN ALSACE-MOSELLE : ANNEXION OU LIBÉRATION ?

POUR CESSER DE COLPORTER DES SOTTISES

De 2014 à 2018, on se souvient des innombrables manifestations commémorant la Première Guerre mondiale qui, en Alsace et en Moselle, constituaient autant d’opportunités de propagation d’inepties allant jusqu’à remplacer nos Feldgrauen par d’authentiques poilus quand ils n’étaient pas tout simplement qualifiés de Malgré-nous. Ce sont d’ailleurs ces manipulations intolérables qui justifièrent l’organisation d’un colloque au foyer de l’étudiant catholique (Fec) de Strasbourg, samedi 10 novembre 2018 par Unsri Gschìcht. À peine créée, la toute jeune association pour une histoire sincère et véritable de l’Alsace et de la Moselle éditait son 1er ouvrage, intitulé « 1914-1918 en Alsace-Moselle ».

Il y a, hélas, fort à parier que le 150e anniversaire de la guerre de 1870 offrira, là encore, l’occasion de propager, volontairement ou par ignorance, de monstrueuses contre-vérités sur les conséquences de ce conflit qui opposa, du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871, la France à la coalition des États allemands au terme de laquelle l’Alsace et une partie de la Lorraine seront cédées à l’empereur Guillaume 1er.

Dans les manuels scolaires, l’histoire des Alsaciens et des Mosellans ne correspond en rien à celle réellement vécue par nos aïeux. L’histoire qui nous est enseignée est celle à laquelle la République une et indivisible nous somme de croire, quitte à la manipuler sans vergogne, passant sous silence les faits contraires à son idéologie et gommant des pans entiers de la réalité. La falsification atteint des sommets lorsqu’elle place, dans la bouche même d’Alsaciens ou de Mosellans imaginaires, d’absurdes propos servant les intérêts de l’État français, au mépris de l’histoire vécue par le peuple.

Aujourd’hui encore, élu(e)s et journalistes colportent ces lieux communs. Peut-on leur en vouloir de répéter ce qu’ils ont appris à l’école de la République ? Certes, non ! En revanche, nous les invitons à s’intéresser à l’histoire des Alsaciens et des Mosellans pour cesser de colporter des sottises.  En voici quelques-unes des plus grossières…

L’ANNEXION DE L’ALSACE ET DE LA MOSELLE

Le 10 mai 1871, la France et l’Allemagne signent, à Francfort/Frankfurt am Main, le traité éponyme qui met fin à la guerre, déclarée par la France le 19 juillet 1870. Le transfert territorial devient effectif le 3 juin 1871. L’historiographie officielle, les manuels scolaires et… Wikipédia qualifient d’« annexion » le rattachement de l’Alsace et d’une partie du territoire lorrain, l’actuel département de la Moselle.

Or, juridiquement, il ne s’agit en rien d’une annexion – acte unilatéral d’appropriation d’un territoire – mais d’une cession, formalisée par une convention, validée par le Parlement français.  La préférence volontaire donnée au terme « annexion », pourtant contraire à la réalité, est évidemment destinée à transformer un accord bilatéral en un acte illégitime d’appropriation d’une Alsace française de toute éternité. Ou au moins depuis 1648.

C’est oublier que 1648 – date des traités de Westphalie – ne correspondant qu’à la cession, par les Habsbourg, de leurs possessions du Sundgau à Louis XIV et qu’au moment où la France déclare la guerre à la Prusse, Mulhouse n’est française que depuis… 73 ans ! C’est oublier aussi que hormis une petite élite administrative, militaire, industrielle et commerciale bilingue, le peuple ne parle que  l’allemand et ses dialectiques alémaniques et franciques. C’est oublier enfin que Napoléon III, s’il avait gagné la guerre de 1870, se serait accaparé une large part de la rive droite du Rhin et, probablement, du Luxembourg. Malheur au vaincu…

LA PROTESTATION DE L’ALSACE ET DE LA MOSELLE

Là encore, l’historiographie officielle, les manuels scolaires et Wikipédia font croire à une réaction massive et unanime des Alsaciens et des Mosellans contre leur droit à disposer d’eux-mêmes. C’est vouloir attribuer à la protestation des députés locaux – des notables coupés du peuple – l’expression des masses. En réalité, le Parlement français se lassera très vite des envolées patriotiques des représentants alsaciens et mosellans, préférant abandonner ces provinces pour faire cesser une guerre que le pays n’avait plus les moyens de poursuivre. Quant au peuple, de culture et de langue germaniques, il s’accommodera assez rapidement de sa nouvelle situation…

Après 1870, il s’agissait cependant de faire naître puis de nourrir, en vieille France, une profonde germanophobie. Inconnue en Alsace et en Moselle, elle sera portée par d’innombrables chansons plus revanchardes les unes que les autres, écrites et composées par des artistes francophones qui ignorent tout de la réalité d’une Alsace-Lorraine fantasmée, où ils n’ont jamais mis les pieds.

Il en résultera une représentation d’une Alsace farouchement francophile, à l’origine de tant de malentendus qui perdurent encore de nos jours. Nous y reviendrons dans une prochaine éphéméride.

LE PLÉBISCITE PAR LES PIEDS

L’article 2 du traité de Francfort du 10 mai 1871 prévoit expressément la possibilité, pour les Alsaciens-Mosellans désireux de conserver leur nationalité française, d’opter pour elle. À cela, deux conditions : avoir déclaré officiellement ce choix et avoir quitté les territoires cédés avant le 1er octobre 1872. La propagande française, affirmant qu’un tiers de la population formait ainsi des cohortes d’optant quittant les territoires cédés pour rejoindre leur mère patrie, n’a pas hésité à qualifier cette migration patriotique de « plébiscite par les pieds ».

Là encore, une croyance fortement ancrée alors qu’en réalité, les optant furent moins de 50 000 à quitter réellement l’Alsace et la Moselle, soit… 3,2% de la population.

D’ailleurs, l’historiographie officielle, les manuels scolaires et Wikipédia passent sous silence les réelles motivations de ce petit pourcentage d’optant, moins mû par un pseudo patriotisme que par la nécessité de la survie – c’est le cas des ouvriers obligés de suivre leurs employeurs optants, comme de Dietrich – quand ce n’est pas tout simplement l’opportunité de se voir offrir, gratuitement par l’État français, de bonnes terres dans cette Algérie récemment conquise par la famine, l’enfumage et les massacres…

Enfin, sans oublier que ce petit pourcentage intègre également le personnel administratif et militaire français, évidemment contraint d’opter.

À l’inverse, ils furent près de 3 000 Alsaciens et Mosellans, présents sur le territoire français lors de la signature du traité de Francfort, à opter pour la nationalité allemande recouvrée.

Bref, il n’y a pas eu de plébiscite par les pieds. Il s’agit au mieux d’une pure invention, au pire, d’une grotesque propagande. Ce petit pourcentage d’optants nourrira cependant une haine farouche à l’égard des Allemands qui s’épanouira dans une cruelle créativité au lendemain de la Première Guerre mondiale.

LE JOUG BOCHE

Une Alsace-Moselle annexée, faisant entendre outre-Vosges la plainte unanime de ses enfants arrachés à la mère patrie, subissant le joug effroyable du nouveau maître honni : tel était – et tel est encore, dans l’esprit de nombre de nos compatriotes de vieille France – la principale conséquence de la guerre de 1870.

Ni l’historiographie officielle, ni les manuels scolaires, ni Wikipédia n’évoquent la réalité, telle qu’elle fut vécue par les Alsaciens-Mosellans durant cette période, grâce un fort développement tant sur le plan économique (les infrastructures, la Neustadt de Strasbourg), politique (la constitution de 1911 accordant au Reischsland Elsass-Lothringen une large autonomie) que social (protection sociale) et culturel (université de Strasbourg, théâtre alsacien). La négation même de la réalité de cette période formera le socle d’une sémantique falsificatrice qui perdure encore aujourd’hui – les fameuses provinces recouvrées – jusqu’à la volonté avouée du Gouvernement d’Édouard Philippe d’effacer, lors des cérémonies du 11 novembre, les Feldgrauen alsaciens et mosellans de la mémoire collective…

1870-1871 EN ALSCE-MOSELLE : ANNEXION OU LIBÉRATION ?

En Alsace et en Moselle, la guerre de 1870 constitue l’acte fondateur du mythe des provinces perdues qui raconte non pas notre histoire, mais  celle à laquelle l’État jacobin veut nous faire croire !

Pour rétablir la vérité sur cet évènement et ses conséquences en Alsace et en Moselle, Unsri Gschìcht organise un colloque, samedi 7 mars 2020 à Colmar au Cercle Saint-Martin – 13, avenue Joffre – participation libre et gratuite sur simple inscription – de 8h00 à 18h30.

Pas moins de 8 historiens se succèderont à la tribune, chacun sur une thématique spécifique :

La guerre de 1870 : une faillite française (Jean-Claude Streicher) ; Les sièges des villes d’Alsace-Moselle vus par les témoins et les historiens de l’époque (François Waag) ; La bourgeoisie et le peuple mulhousiens en 1870-1871 (Michel Krempper) ;  L’option : mythes et réalités (François Schaffner) ; L’opinion pro-allemande en Alsace dans les années 1870 (Eric Ettwiller) ; La situation linguistique avant et après 1870 (Jean-Michel Niedermeyer).

Pour offrir aux participant(e)s de vrais espaces de débat, chaque contribution sera suivie d’un temps d’échange.

Présentation détaillée, programme et modalités à retrouver sur www.unsrigschicht.org.

Pour Unsri Gschìcht,

Moritz Gerber

& Eric Mutschler

www.unsrigschicht.org

 

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Une réaction à "1870-1871 EN ALSACE-MOSELLE : ANNEXION OU LIBÉRATION?"

  1. ERIK a commenté:

    En 1871, l’Alsace actuelle et la future Moselle ont bien été annexées. En effet, conformément à l’édition 2020 du Vocabulaire juridique, un ouvrage de référence publié par les Éditions PUF, une annexion est “Tout acte, constaté ou non dans un traité, en vertu duquel la totalité ou une partie du territoire d’un État passe, avec sa population et les biens qui s’y trouvent sous la souveraineté d’un autre État.” Par ailleurs, en juin 2015, une étude du département thématique de la Direction générale des politiques externes du Parlement européen énonce que “Juridiquement parlant, un territoire illégalement annexé est occupé.” Autrement dit, en 1871, l’Alsace actuelle et la future Moselle ont été légalement annexées, annexées par cession en vertu d’un traité de paix.