Les ordonnances du docteur Syamak Agha Babaei, Vice-Président à l’Eurométropole

Dans un bel article paru le 23 juin 2018 dans OR NORME, le Docteur Agha Babaei nous livre une analyse critique du fonctionnement de l’Hôpital et des services d’Urgences en particulier.

Il nous explique, comment la tarification à l’acte (mesure idéologique) a dégradé le fonctionnement des Hôpitaux et abaissé les conditions de travail des soignants et des médecins.

Il nous détaille les méfaits induits par le management libéral copié sur le mode de fonctionnement des entreprises avec les conséquences néfastes qu’entraine cette organisation pour les patients.  On ne peut que souscrire à la pertinence de son analyse et l’encourager dans sa démarche. Le seul bémol qu’on est en droit d’émettre, c’est que ce sont bien ses amis socialistes qui ont accentué et poursuivi cette politique initiée par la droite depuis 2007 sous le gouvernement Sarkozy !

L’homme de gauche qu’il semble vouloir être, le militant du PS qu’il semble avoir été, aurait dû le conduire à s’insurger plus ferment contre cette politique, du temps ou ses amis exerçaient le pouvoir suprême au ministère de la Santé .

Irréductible défenseur du service public ?

Au prétexte que l’argent public ne devait aller qu’a des entreprises publiques, il a, à ce titre, et en tant qu’élu de la ville de Strasbourg et de l’Eurométropole, exprimé à plusieurs reprises son opposition au versement d’une subvention de 20 millions d’euros servant à la construction de LA clinique RHÉNA lors du regroupement des 3 cliniques historiques de Strasbourg (ADASSA ; SAINTE ODILE et DIACONAT.)

A ce stade, nous lui apportons les précisions suivantes : RHÉNA n’est pas (encore) une entreprise privée à l’orientation libérale dénoncée par le Docteur  Agha Babaei, mais un « Établissement hospitalier et d’Aide à la Personne Privés Non Lucratifs. »

RHÉNA n’est donc pas une entreprise qui rétribuerait des actionnaires, elle participe au service public. Mais pour le Docteur Agha Babaei le seul service public qui est respectable est celui de l’hôpital public où il travaille et où le personnel est sous le statut de la fonction publique.

Pour justifier son opposition à l’aide publique apportée à RHÉNA, il montre du doigt les médecins qui pratiquent des dépassements, mais il omet de parler des services privés dans l’hôpital Publique où certains médecins pratiquent les mêmes dépassements.

D’autre part, il n’a pas jugé utile de dénoncer les manœuvres du groupe financier ELSAN appuyé par l’ARS (Agence Régionale de Santé) pour déstabiliser le projet commun de RHÉNA avec les cardiologues de l’Orangerie. Des cardiologues qui ne pratiquent pas de dépassements.

Un vice-président de l’Eurométropole très libéral…

Il a en charge :

  1. De la politique de l’habitat (élaboration et animation du programme local de l’habitat, développement, rénovation et entretien du parc de logement social, délégation de l’aide à la pierre),
  2. Du soutien à l’amélioration du parc privé,
  3. Du soutien financier à l’entretien des espaces extérieurs des grands ensembles d’habitat social,
  4. Du développement et gestion du dispositif d’hébergement d’urgence,
  5. Du développement des dispositifs de logements intermédiaires.

…et Membre de la Commission permanente (Bureau) : C’est-à-dire membre du gouvernement de l’Eurométropole

Dans le cadre de ces multiples responsabilités, il est amené à distribuer régulièrement de l’argent public au privé notamment dans ses attributions de soutien à l’amélioration du parc privé.

Pour ce qui est de la rénovation et de l’entretien du parc social, le Docteur Agha Babaei à eu comme un retard à l’allumage avant de comprendre que beaucoup de locataires HLM étaient exposés à des logements mal entretenus, avec des moisissures et à la prolifération des nuisibles. Pourtant sa qualité de Médecin aurait dû le rendre sensible aux conséquences du mal-logement sur la santé de nos concitoyens. Ici, nous ne parlerons évidemment pas de la gestion financière des bailleurs sociaux que ses services supervisent.  Il a toujours détourné son regard, afin de ne pas voir les dérives ultralibérales pratiquées, par ses amis, sur le dos des locataires.

Pour conclure sur le sujet du logement, nous retiendrons que le grand défenseur du service public, qu’il dit être, a donné son accord à la privatisation de 123 logements sociaux à la Krutenau ; seule l’opposition populaire a fait reculer le Vice-Président en charge du logement social qu’il est.

Service public ou comment travailler plus pour gagner plus ?

Dans son excellent article du 23 juin 2018 sur la dégradation des conditions d’accueil dans les services d’Urgences, le Docteur Agha Babaei termine en nous expliquant que s’il avait choisi d’être Médecin libéral il aurait pu travailler plus et gagner 3 fois plus que ce qu’il gagne dans le public. Cet aveu d’une profonde frustration de sa part vient un peu gâcher la pertinence de son analyse.

On comprend au travers de ses dires qu’il voudrait pouvoir bénéficier des mêmes revenus qu’un Médecin libéral sans en avoir les contraintes de disponibilités

Aurait-il, pour pallier cette inégalité de traitement,  opté pour un mandat d’élus qui lui permet à la fois de bénéficier d’une rémunération de PH (Praticien Hospitalier), des indemnités (confortables) de Vice-Président à l’Eurométropole  et des indemnités d’élus à la Ville de Strasbourg.

Son statut dans la fonction publique et ses activités syndicales autorisant une certaine souplesse lui permettent effectivement le cumul de toutes ces fonctions en toute tranquillité et sans risquer le burn-out.

Vue sous cet angle, la fonction publique est quand même avantageuse pour certains.

 

Être dans la fonction publique et être élus est beaucoup moins risqué que d’être élu et travailler dans le prive.

N’est-ce pas docteur ?

Marcel Wolff

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