Permanence de l’ostracisme anti-alsacien

Jean-Marie Woerhling, président de l’Institut du Droit Local, dénonce les propos de certains responsables politiques qui instrumentalisent les actes visant la communauté juive pour présenter les Alsaciens comme obscurantistes et antisémites.

La littérature consistant à accuser la population alsacienne d’être antisémite et d’avoir des sympathies pour l’extrême-droite, voire d’avoir des collusions avec les mouvements néonazis correspond à un fil continu dans la presse parisienne alimentée par les médias locaux et soutenue par certains intellectuels alsaciens fidèles à la stratégie du dénigrement de leur propre camp pour être bien considéré par l’élite parisienne.

Depuis 20 ans, le journal Le Monde publie régulièrement des articles stigmatisant une population alsacienne votant pour l’extrême-droite et noyautée par des courants  qui diffusent une « nostalgie suspecte ».

L’attachement à l’identité locale et le souhait du renforcement de l’autonomie régionale, considérés comme des courants sympathiques et positifs quant il s’agit d’autres régions, deviennent pour l’Alsace « repli identitaire » et sympathies germanophiles, donc protofaschistes. Selon ces amalgames inlassablement répétés, cette culture et ces traditions sont depuis le Moyen-âge profondément antisémites sans que rien n’ait vraiment changé faute d’un aveu collectif et d’une épuration efficace.

D’ailleurs, cette population n’aurait jamais fait son autocritique après sa cohabitation, présentée comme forcée mais de fait diligente, avec le régime nazi. Encore maintenant, elle cherche à disculper les siens qui ont combattu dans les unités SS. Le devoir de mémoire devrait la conduire à reconnaitre ses crimes collectifs, mais elle refuse d’examiner son histoire et se complait dans des aspirations antifrançaises (la défense de la langue allemande, la collaboration avec l’autre coté de la frontière, la critique des institutions françaises présentées comme jacobines, etc..).

On pourrait multiplier à l’envie les exemples de ce genre de condamnations. Elles étaient systématiques après la 2e guerre et sont arrivées à un paroxysme avec le procès d’Oradour. Mais encore dans une période récente, Robert Grossmann a accusé de pangermanisme les auteurs alsaciens les plus réputés (Weckmann, Finck, Winter).

Le manifeste Identité et Liberté qui protestait contre l’amalgame fait dans la presse entre culture régionale et extrême droite a été qualifié, sans la moindre amorce de justification, d’antifrançais et d’antisémite.

Le mouvement Unser Land peut multiplier les déclarations de solidarités avec les réfugiés, de sympathie avec la communauté juive, de volonté de construire une région pluraliste et démocratique, il est néanmoins qualifié de raciste et de xénophobe.

Aujourd’hui, c’est toute une population qui est accusée de pratiquer l’omerta pour protéger les auteurs de tags antisémites, alors pourtant que la réprobation de ces tags est absolument unanime et d’une sincérité indiscutable.

Dans le souci de profiter de la situation pour salir une Alsace qu’ils exècrent, des responsables politiques voire universitaires n’hésitent pas à monter la communauté juive contre le reste de la population alsacienne.

La permanence de cet ostracisme anti-alsacien remonte en fait au retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France. Une bonne part de l’opinion française n’a jamais digéré que « ces Alsaciens pour la libération desquels des millions de Français sont morts dans les tranchés »,  se refusaient à devenir d’emblée des français comme les autres et continuaient à pratiquer leur langue allemande, à revendiquer un droit différent, à refuser la laïcité française, et même à demander une organisation régionale propre.

Ces Alsaciens étaient décidément non seulement dépourvus de gratitude, mais des forcenés rétrogrades et pour un bon nombre des traitres vendu à l’ennemi, comme allait le prouver leur collaboration avec le régime hitlérien.

Dans cette rancœur anti alsacienne, la palme est revenue à la gauche socialiste et nationaliste. Depuis Herriot jusqu’à Hollande son souci permanent  a été de nier la spécificité alsacienne ou du moins de la déconsidérer.

Face à cette hostilité de fond, la plupart des élites alsaciennes ont choisi de rallier les conspuassions, de chercher des excuses comme Frédéric Hoffet, ou de réduire l’Alsace à des cartes postales comme Hansi.

On les comprend : tous ceux qui n’ont pas eu cette attitude prudente ont été rejetés comme anti français, obscurantistes et revanchards. Aujourd’hui, ils sont en plus antisémites.

Jean-Marie Woehrling :

président de  l’Institut du droit local Alsacien-Mosellan.

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Une réaction à "Permanence de l’ostracisme anti-alsacien"

  1. Emmanuel a commenté:

    Terriblement vrai cet article. Nos représentants élus qui se défaussent et pensent avant tout à leur carrière.
    Mais les alsaciens ne sont pas dupes. Aucune considération pour ces opportunistes.