LA PARTICIPATION DES CIVILS A LA DEFENSE DE WISSEMBOURG (19 juillet – 4 août 1870)

 

La participation des civils à la défense de Wissembourg (ville de 5 247 habitants en juin 1866, époque du dernier recensement français¹) est rapportée de manière contradictoire par différents auteurs et parfois en termes très catégoriques. Ainsi, pour Paul Stroh², il ne fait pas de doute que cette participation est à l’origine des représailles allemandes perpétrées ensuite dans la ville, puis dans d’autres localités de l’arrondissement que la guerre a traversées. Essayons donc de démêler cet écheveau, rapporté par six acteurs directs (deux civils et quatre capitaines).

Par Jean-Claude Streicher du conseil scientifique d’Unrsi Geschicht

Tout semble être parti de la décision prise, dès lendemain de la déclaration de guerre de la France à la Prusse le 19 juillet 1870, par le général Ducrot, commandant la division territoriale de Strasbourg, de retirer les garnisons de Wissembourg et de Lauterbourg, qui n’était alors constituées que de 300 et 200 hommes respectivement, celle de Wissembourg étant composée de 2 compagnies du 18e régiment d’infanterie de ligne ainsi que d’une batterie d’artillerie³.

Ces garnisons, en effet, étaient trop faibles et trop en avant du dispositif militaire français du moment, qui ne pouvait en conséquence les appuyer en cas d’attaque surprise contre elles. Les municipalités concernées avaient, bien entendu, sur le coup vigoureusement protesté, mais en vain, bien que le ministre de la guerre ait alors demandé à Ducrot de revenir sur sa décision.

Même les gendarmes et les douaniers auraient alors reçu l’ordre ou de se replier. La municipalité ainsi que le jeune sous-préfet Edgar Hepp, 26 ans, en poste depuis six mois, restèrent cependant en place. De même que les sapeurs-pompiers, les gardes forestiers et les officiers de justice.

Formation de deux gardes bourgeoises

En réaction au vide ainsi créé, deux gardes civiles ont alors été constituées. Sur la proposition du maire, le notaire Édouard Gauckler, une liste d’enrôlement civique a été ouverte, immédiatement souscrite par quelque 90 personnes. Soutenue par le sous-préfet, elle s’est donné pour mission de ne pas laisser les trois portes de la ville (Bitche, Haguenau et Landau) sans surveillance, de faire des rondes dans et hors les murs, y compris de nuit, de surveiller la gare et les lignes télégraphiques (contre les risques de coupure et de sabotage) et de surveiller la partie de la population wissembourgeoise, qui était d’origine allemande et qui se concentrait plutôt dans le faubourg de Bitche. Cette population en effet, note le sous-préfet, « se faisait arrogante » et ses « mauvais éléments, profér(aient) des menaces ». Le sous-préfet demandera à pouvoir les expulser, mais la préfecture de Strasbourg ne lui transmit jamais d’instructions à cet égard³.

L’autre garde civique est due à l’initiative du Wissembourgeois (Philippe)-Henri Boell, qui s’était fixé au Havre en 1853 comme « négociant en cafés, sucres des colonies, cacaos et houblons » ainsi que comme gérant d’un « entrepôt de vins d’Espagne ». Lorsqu’il apprit que sa ville natale était laissée sans défense, son sang n’avait fait qu’un tour. Toutes affaires cessantes, il y retourna illico pour y mettre sur pied un « corps de volontaires » et « participer énergiquement, ainsi qu’il le dit lui-même, à la guerre contre la Prusse », en lieu et place des autorités constituées défaillantes.

Né le 3 août 1827, fils de Jean-Henri Boell, également négociant, il était alors âgé de 43 ans. Il explique son engagement dans un texte qu’il a rédigé en 1871 en appui à sa candidature au grade de chevalier de la Légion d’honneur, texte qu’il a intitulé « Résumé des services rendus pour la défense de la France de 1870-1871 »⁴. À l’en croire, il put mettre sur pied son corps dit de « volontaires libres » dès le 20 juillet. Il ne donne aucun nom de ses recrues. Le sous-préfet Hepp affirme qu’elles étaient une quarantaine, « dont plusieurs anciens militaires ». Il en nomme cinq : les Srs Garnon, Gerschel, Marterer, Schlatter et Stratz. Toujours selon le sous-préfet Hepp, et à la différence de la garde bourgeoise, ils avaient « l’ambition de se joindre à l’armée (française) quand elle entrerait sur le territoire allemand ». Marterer, l’un d’entre eux, complète Hepp, devait ensuite trouver la mort dans les combats de Châtillon, au sud de Paris, le 19 septembre 1870, qui entendaient reprendre le contrôle d’une redoute.

Mise sur pied d’une garde nationale en Vieille-France⁵.

Pour pouvoir prendre une telle initiative, Boell ne pouvait être lui-même qu’un ancien militaire, habitué au commandement, mais il nous est impossible, en l’état, de le préciser. La base Léonore des titulaires de la Légion d’honneur nous apprend toutefois qu’un de ses parents, Charles-Henri Böll, né à Wissembourg le 31 avril 1784, avait été maréchal des logis au régiment des hussards du Haut-Rhin, blessé d’un coup de feu à la jambe gauche en Espagne et d’un coup de lance en Saxe, en 1813, ce qui lui avait valu d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur le 10 septembre 1824.

« Nous faisions le service militaire, explique Boell, vu que notre ville était complètement abandonnée par l’armée, la gendarmerie et les douaniers, tandis que les vedettes bavaroises étaient à 3 km de la place. » Plus concrètement, le groupement s’était donné pour tâches d’observer journellement, du haut du clocher de l’église abbatiale, les mouvements des troupes de l’autre côté de la frontière ; de collecter les renseignements rapportés par des informateurs ; de garder les portes de la ville ; d’en contrôler les entrées-sorties ; et de surveiller les suspects, notamment les Wissembourgeois d’origine allemande et au besoin de demander leur expulsion.

Parmi ses informateurs, Boell comptera même un gamin. Pendant plusieurs jours, celui-ci put s’approcher des lignes allemandes et y voir construire de nombreuses « batteries de position », rapportant ainsi la certitude que la ville serait bientôt bombardée⁶.

Pour rappeler Wissembourg à l’existence médiatique, Boell rédigeait également des correspondances pour Le Courrier du Bas-Rhin, le grand quotidien libéral strasbourgeois. Celui-ci les publiait anonymement, mais elles ne pouvaient provenir que de lui, tant elles correspondent à son souci de savoir ce qui se tramait de l’autre côté de la frontière. Vu leur intérêt, ces correspondances étaient d’ailleurs généralement reprises par les grands quotidiens parisiens.

« La population de presque tout notre arrondissement, a-t-il ainsi noté dans un premier courrier, est toujours tenue en émoi en présence des incursions continues des patrouilles ennemies. L’armée bavaroise et badoise paraît massée en assez grand nombre dans le Palatinat rhénan et forme tout le long de notre frontière un cordon impénétrable. La consigne est même tellement rigide, que les sentinelles allemandes cernent chaque commune et n’en laissent sortir âme qui vive. Cependant quelques individus sont parvenus à se glisser vers Wissembourg à travers les bois et les vignes. On a ainsi appris que Schweigen était occupé par 200 hommes de troupe et Oberotterbach par un millier environ. Près de cette commune, une batterie d’infanterie doit avoir pris position sur une hauteur qui commande la route.

« Au lieu de camper, l’armée allemande loge et se trouve en subsistance chez les paysans, qui espèrent toucher à la fin de la guerre une indemnité de 30 kreutzers (1,80 franc) par homme et par jour. Les habitants de ces villages sont profondément démoralisés et les charges de la guerre pèsent d’autant plus lourdement sur eux qu’on les empêche de venir chercher en France leur travail ordinaire ainsi que les objets de consommation indispensables pour se nourrir eux-mêmes de leur côté. (Boell note également que) l’équipement de l’armée bavaroise est dans un état déplorable. Leurs souliers ne résistent pas à quelques jours de marche. »

Ainsi donc, les deux gardes civiques se confondaient-elles plus ou moins dans leurs vocations, en dépit des distinctions établies par le sous-préfet Hepp. Paul Stroh, en tout cas, ne voyait pas vraiment de différences entre elles. D’ailleurs, dans la suite de son récit, le sous-préfet admet que c’était bien les volontaires de Boell qui encadraient la garde des portes de la ville. Boell, par contre, se focalisait davantage sur le renseignement et ses recrues étaient armées, du moins les anciens militaires.

Coups de feu à la porte de Landau

Aussi, dans la matinée du 25 juillet, se produit-il un premier incident qui eut des suites fatales. Un garde-forestier français tira un coup de feu sur « une reconnaissance d’infanterie bavaroise », qui passait « devant Altenstadt » (en territoire français ?).

Le lendemain 26, une autre patrouille bavaroise, plus audacieuse, se présenta devant le pont-levis « momentanément baissé » de la porte de Landau et fit mine de vouloir le franchir. Mais Jeckel, le commissaire de police, aidé par les habitants de faction, réussit à le relever. Selon le sous-préfet Hepp, « un bourgeois de la ville », un certain « M. B… » (Henri Boell ?), tira alors, « du haut des remparts, un coup de pistolet sur les assaillants », déclenchant « une décharge de mousqueterie, dont les balles vinrent cribler le tablier du pont et les murs (mais) sans blesser personne. »

L'historien de la guerre de 1870 Dick de Lonlaye a également rapporté la scène, mais en la situant le 28 juillet et sans mentionner le coup de feu wissembourgeois : « Un bataillon de chasseurs bavarois, coiffés de l'affreux casque à chenille, se présente devant Wissembourg, demandant à entrer dans la ville pour savoir où est l'armée française. Le commissaire de police, M. Jeckel, reçoit le détachement d'avant-garde, composé d'une vingtaine d'hommes. Apprenant ce qu'ils voulaient, il leur fait fermer la porte au nez. Les Bavarois, furieux, se retirent, après avoir déchargé leurs fusils sur cette porte qui est à claire-voie. Par un prodigieux hasard, il n'y a pas un seul blessé. »

Boell a également narré l’incident pour Le Courrier du Bas-Rhin. « Vers 7 heures du soir, écrit-il, une vingtaine d’hommes faisant partie de l’infanterie qui occupe Schweigen se sont avancés vers la porte de Landau sous la direction de deux officiers à cheval. Le bruit de leur approche se répandit aussitôt en progressant de bouche en bouche. Ils avaient déjà franchi, non sans une grande hésitation, le premier pont-levis et se trouvaient entre deux portes, lorsque survient M. le commissaire de police Jeckel, accompagné de quelques personnes.

« Le commissaire, plein de calme et de sang-froid, leur demanda ce qu’ils voulaient : ils désiraient traverser la ville pour voir s’il n’y avait pas de troupes françaises. (Jeckel) leur dit qu’avant de les laisser passer, il allait en référer au sous-préfet. Il se retira. En même temps quelques jeunes gens décidés s’empressèrent de fermer la seconde porte. Aussitôt, on entendit crier aux armes ! En même temps un coup de feu tiré en l’air, sans doute pour avertir la population, peut-être pour effrayer l’ennemi, fit tourner bride aux officiers qui commandaient la patrouille. En se retirant, celle-ci fit une légère décharge vers la porte à claire-voie. Quelques balles allèrent se loger dans une maison voisine sans causer toutefois aucun malheur. Tout l’incident s’est borné à cela. »

Après quoi, ajoute Boell, « les pompiers et la garde civique ont veillé comme d’habitude à la sécurité intérieure ». Le lendemain, seule la porte de Haguenau a été ouverte. « La ville a repris son calme, au moins en apparence. » Le sous-préfet a affiché à l’hôtel de ville une dépêche reçue du préfet lui disant : « Vous pouvez rassurer vos populations et calmer les inquiétudes. Toutes les mesures militaires sont prises pour assurer la tranquillité et la sécurité publique. » La panique était alors bien plus forte sur la lisière nord de la forêt de Haguenau. « Du côté de Walbourg, note Boell, plus de 600 familles ont émigré dans les bois avec tout leur mobilier et leur bétail. »

Pour le sous-préfet Hepp, l’incident du 26 juillet, porte de Landau, eut deux suites. Tout d’abord, Hentz, le capitaine de gendarmerie qui commandait les deux brigades de Wissembourg, mit aussitôt à exécution une instruction qu’il avait reçue antérieurement et qui lui avait demandé de se replier sur Strasbourg au premier heurt avec les Allemands. Mal lui en prit : à son arrivée à Strasbourg, il fut traduit devant le conseil de guerre. Hepp dut prendre sa défense et obtint qu’il pût réintégrer son poste trois jours plus tard³.

L’avertissement du 27 juillet

L’autre suite a été que le lendemain 27, vers 17 heures, un lieutenant d’artillerie bavarois à cheval, accompagné d’un trompette portant le drapeau blanc des parlementaires, se présenta à son tour devant la porte de Landau pour remettre un pli au sous-préfet. On baissa le pont-levis et Hepp, prévenu, vint à sa rencontre. Il accepta le pli et en prit connaissance dans le salon de l’imprimeur Frédéric Wentzel, qui demeurait en effet à proximité. Par ce pli, le colonel von Weinrich, qui commandait les avant-postes bavarois, annonçait qu’il usera de « mesures de violence » si les habitants de Wissembourg et d’Altenstadt continuaient de « ne pas observer les règles du droit de la guerre des nations civilisées »³ (autrement dit, s’ils persistaient à commettre des actes de belligérance). « La population française aura alors à s’imputer la responsabilité des représailles qui en seront la conséquence. »

Le sous-préfet demanda des explications : l’avertissement était effectivement motivé par le coup de feu du forestier (ou douanier) du 25 ainsi que par le coup de pistolet du 26. Il objecta que le douanier, étant mobilisé par la déclaration de guerre, avait eu raison de tirer sur des troupes entrées sur le territoire français. Mais que le coup de pistolet tiré du rempart le lendemain n’avait été qu’un coup de semonce, non chargé. Dans sa réponse écrite, le sous-préfet promettait d’en avertir la population et de prendre des mesures « pour empêcher les représailles ». Dans son idée, dit-il, ces mesures consistaient seulement, en fait, à attendre le retour de l’armée française dans la ville.⁴

Le sous-préfet Hepp n’a pas été mécontent du choc psychologique ainsi créé : « Il se produisit un mouvement extraordinaire de sympathie et de vigueur dans la foule », écrit-il. Celle-ci, en effet, s’était rassemblée place de l’hôtel de ville après qu’il eut raccompagné l’émissaire bavarois au-delà de la porte de Landau et fait relever le pont-levis. Il monta sur un banc adossé à la mairie pour rendre compte de l’échange qu’il venait d’avoir avec lui. « On se déclara unanimement résolu, écrit-il, à marcher en tout d’accord avec moi et à répondre par la violence aux violences, dont la ville pourrait faire l’objet. » Mais, il ne fallait pas aller trop loin, non plus : « Ces généreuses résolutions, je ne devais pas les encourager. Je promis que les portes resteraient closes et gardées, que les mesures de prévoyance prises jusque là, grâce au généreux dévouement de citoyens volontaires, continuaient à être appliquées, en ajoutant, qu’en l’absence de troupes régulières, je ne pouvais prendre sur moi d’inciter la population à aller inutilement au-devant de représailles qu’autorisait le droit des gens. »

Dans son journal, le sous-préfet rappelle également, fort à propos, que cet avertissement avait donné deux jours après l’échauffourée de Schirlenhof (interception de la patrouille de reconnaissance du comte von Zeppelin, capitaine de l’état-major wurtembergeois)³.

Mais Boell en a fait une autre lecture. Dans son pensum, il prend soin de souligner que plusieurs coups de feu avaient alors été tirés, et non pas un seul : « Des cavaliers bavarois voulaient occuper la ville, écrit-il, mais voyant leur réception à coups de fusil et la ferme résolution de défense des braves Wissembourgeois, ils ne sont plus revenus… » Sans ses volontaires libres, ajoute-t-il, « Wissembourg tombait comme Lauterbourg au pouvoir des Prussiens. »

En réalité, Lauterbourg était dans le créneau badois, et non pas prussien de la IIIe armée allemande. Depuis le 24 juillet, la ville était l'objet d'incursions incessantes, d'abord par la patrouille von Zeppelin, puis par bien d'autres, pour des reconnaissances, couper les liaisons télégraphiques, saisir le courrier de la diligence et réquisitionner des vivres, dont les troupes badoises campées dans la forêt du Bienwald, avaient un urgent besoin. Des sentinelles badoises montèrent alors également dans le clocher de l'église pour observer la route de Wissembourg. Mais la division badoise n'occupa Lauterbourg pour de bon que le matin du 4 août⁷ ⁹.

Boell a également narré la remise de l’avertissement bavarois pour le Courrier du Bas-Rhin : « Vers cinq heures, écrit-il, un lieutenant de l’artillerie bavaroise suivi d’un clairon se présenta devant nos murs, portant à la main un drapeau blanc. C’était un parlementaire envoyé au sous-préfet de Wissembourg par le major Ulrich de Weinrich, commandant en chef des avant-postes bavarois. Il était porteur d’une dépêche de ce dernier et demanda à voir le sous-préfet. M. Hepp fut aussitôt prévenu. Les portes furent ouvertes par notre garde civique pour livrer passage au parlementaire et les représentants de l’autorité française entrèrent avec lui dans la maison voisine de M. Wentzel, imprimeur-lithographe, dans le salon duquel eut lieu sans doute la première conférence internationale nécessitée par la guerre. » Puis, muni de la réponse récrite, « l’officier bavarois se retira. »

Le sous-préfet, poursuit Boell, se rendit ensuite « sur la place de l’hôtel de ville, devant la porte duquel il fait connaître aux habitants réunis le but de l’entrevue. (…) Il invita notre population, dans son propre intérêt et pour éviter toutes représailles, à s’abstenir de prendre les armes pour laisser la défense de la France à ses soldats. Les habitants comprennent parfaitement l’impossibilité de dé-fendre la ville à eux seuls en cas d’attaque de l’armée ennemie. Mais le regret s’est fait jour parmi eux de ne pouvoir concourir à la défense du territoire français. La foule s’est écoulée en silence après l’alerte causée par l’arrivée du parlementaire bavarois, que le bruit public avait bien vite transformé en quelques milliers d’hommes. »¹º

Les Volontaires libres restaient cependant dans la ligne de mire. « Des patrouilles de chevaux légers bavarois et dragons prussiens, ajoute Boell, nous surveillaient constamment. »

Réapparition de l’armée française

Le 28 juillet, l’armée française évaporée réapparaît discrètement. « Nous avons revu le premier soldat français, note Boell : un lieutenant du 96e (régiment d’infanterie de ligne) nous fit baisser le pont-levis et vint discuter pour le régiment. Je le conduisis chez M. le sous-préfet et trois heures après nous avions 22 voitures de provisions données par les habitants comme dons patriotiques. Tout est arrivé sous bonne escorte au col du Pigeonnier », où le régiment s’était positionné.

Boell y suivit ce convoi pour proposer au colonel que des hommes à lui se mettent à sa disposition, puisqu’ils « connaissaient parfaitement toutes ces montagnes. Mais il n’en voulait pas. Il attendait des ordres. » À en croire Boell, les envois de ravitaillement continuèrent encore plusieurs jours pour ces troupes de la Scherhol⁴.

Mais le récit du sous-préfet ne le corrobore pas. Le 1er août, dès 7 heures du matin, ce dernier monta ainsi lui-même en voiture à la Scherhol en voiture, accompagné de son épouse et de l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Müntz, et cela à la suite de nombreux Wissembourgeois (les Volontaires libres ?), pour saluer les nouveaux protecteurs de la ville, leur offrir « quelques douceurs » et s’enquérir leurs besoins éventuels³.

Le 2 août, Boell eut la visite d’un certain A. Riff, capitaine à l’état-major (de la 2e division du général Abel Douay ?). Par mesure de précaution, ce dernier s’était camouflé en « mécanicien » (des chemins de fer ?). Il souhaitait des renseignements que Boell put lui fournir « grâce à quelques contrebandiers, qui, dit-il, me suivaient parfaitement. Je lui ai dit le nombre de troupes en Bavière rhé-nane jusqu’à Bergzabern d’un côté, et Minfeld de l’autre. J’ajoutais même qu’ils nous attaqueront si nous ne prenions pas plus de précautions. »

À l’inverse, le sous-préfet Hepp n’évoque, dans son propre journal, ni le convoyage de 22 voitures jusqu’à la Scherhol, ni ces prises de contact à des fins de renseignement. Il dit seulement que le matin du 3 août, il fit saisir en gare de Wissembourg le chargement en avoine d’un wagon destiné à la garnison de Haguenau pour le réserver à la cavalerie de la Scherhol, qui commençait à en manquer³.

Fin juillet, Boell adresse une dernière missive au Courrier du Bas-Rhin : « Hier vers midi, l’enne-mi a démoli le pont de chemin de fer sur la Lauter en détruisant le tablier et en remplissant de sable et de cailloux les fourneaux de mines. Les piles et les culées sont ainsi restées intactes, mais le passage du pont est impraticable. Les avant-postes bavarois arrivent jusqu’à 100 m de nos murs, grâce au rideau de vignes qui couvre la colline de Schweigen. Dans le silence de la nuit, nos habitants entendent parfaitement le – Wer da ? (qui va-là?), – Gut Freund (ami !) des patrouilles qui font la ronde.

Boell ajoute : « D’autres lettres de la frontière confirment ce que l’on nous mandait ces jours derniers de l’état d’épuisement dans lequel se trouvent dès à présent les contrées allemandes limitrophes par suite de l’accumulation des troupes prussiennes, bavaroises et badoises. Les paysans ont à supporter des charges exorbitantes. Une lettre porte que les patrouilles bavaroises, lorsqu’elles peuvent approcher de quelque ferme française ou de quelque village, demandent de quoi manger. Il paraîtrait même que la tentative qu’ont faite les Bavarois (le 26) de s’installer à Wissembourg avait (en réalité) pour but de s’assurer des moyens de subsistance et de faire vivre pendant quelques jours un ou deux régiments aux dépens des habitants de Wissembourg. »¹¹

Arrivée du bataillon Liaud

Après l’occupation de la Scherhol, le maréchal Mac-Mahon ordonna le 2 août à la 2e division du général Abel Douay de s’avancer de Haguenau jusqu’à Wissembourg.

Le 3 août, les Allemands, de leur côté, occupaient Altenstadt³. Dans la soirée (vers 20 heures selon Dick de Lonlay⁷, vers 21 heures selon Boell⁴), six compagnies (soit près de 600 hommes) du 2e bataillon du 74e régiment d’infanterie de ligne de la division Douay, se présenta devant Wissembourg et entra dans la ville. C’est elles qui devaient désormais en assurer la défense. Comme on pense, elles furent « accueillies avec joie par une population frémissante encore des outrages de l’ennemi, qui, le matin même, a envoyé des patrouilles jusqu’aux portes de la ville »⁷. Boell les réceptionna⁴. Ce soir-là, toutefois, elles ne reçurent aucun caisson de munitions⁶ ⁷. Chaque lignard n’avait sur soi que 90 cartouches⁶.

Le général Douay arriva peu après. « Il voit plusieurs personnes, entre autres le sous-préfet. Tout le monde déclare que le pays environnant est rempli de Prussiens et de Bavarois, que les vignes qui tapissent les coteaux au nord de la ville en fourmillent et que l’ennemi occupe le château de Saint-Paul. »

Douay annonce à Boell que les autres unités de sa division avaient pris position sur la crête du Geisberg. Toujours soucieux de se rendre utile, Boell se met à la disposition du capitaine-adjudant Liaud, qui commandait ce 2e bataillon. « Comme le gouvernement avait fait enlever le mobilier complet des casernes, écrit le chef des Volontaires libres, je lui ai conseillé de distribuer son bataillon sur les remparts du côté de l’ennemi… J’ai (aussi) soigné le souper des soldats. Ce qui ne fut pas difficile, car nos Alsaciennes étaient heureuses d’offrir le leur, puisqu’elles savaient toutes que le moment de la lutte approchait. »

Né le 31 mars 1823 à Grenoble vers 6 heures du matin d'un père gendarme et d'une fille de serrurier, le capitaine-adjudant Joseph-Claude Liaud était alors âgé de 47 ans. Engagé volontaire du 15e régiment d'infanterie de ligne en août 1843, il avait suivi l'École spéciale militaire (Saint-Cyr) à partir de décembre 1847. Il était donc sous-lieutenant en octobre 1849, lieutenant en avril 1854, capitaine en août 1855, capitaine-adjudant en octobre 1861. Affecté en juin 1854 au 1er régiment de voltigeurs de la garde impériale, il avait rejoint le 74e de ligne en février 1859 comme chef de bataillon. C'était aussi un vétéran des guerres napoléoniennes : contusionnée à la tête par un éclat d'obus le 8 septembre 1855 devant Sébastopol, il avait également été blessé d'un coup de feu au bras gauche le 24 janvier 1859 à la bataille de Solferino. Depuis février 1855, il était aussi chevalier de la Légion d'honneur¹².

Liaud est notre 3e acteur témoin de la défense de Wissembourg. Il l’a racontée dès octobre 1870 dans son camp de prisonniers de Mersebourg, en Saxe-Anhalt. Il dit que le soir même de son entrée à Wissembourg, il a eu une conférence avec le maire Gauckler « relativement à l’installation de sa troupe ». Il dit avoir alors placé « deux compagnies de grand-garde (en avant-poste) sur le rempart », la 1re ayant « ses réserves » vers la porte de Landau et la 6e vers la porte de Bitche. À l’en croire, les 4 autres ont dressé leurs tentes dans la cour de la caserne. La garde de la porte de Haguenau, par contre, fut alors laissée à la compagnie des sapeurs-pompiers, puisqu’elle était « parfaitement organisée et animée d’un excellent esprit »⁷ ¹³.

Alfred Quesnay de Beaurepaire, autre capitaine du bataillon Liaud, a pour sa part été frappé par l’accueil de la jeunesse wissembourgeoise : « Nous avons trouvé comme toujours ces braves enfants qui viennent au-devant des soldats afin de soulager les éclopés, en portant leurs sacs et leurs fusils. » Lui-même a ainsi été escorté par le benjamin des informateurs de Boell. Comme celui-ci avait vu se construire les batteries allemandes vers Schweigen, il s’étonna que les lignards soient arrivés sans canons, car les Allemands allaient bientôt tirer. Cette remarque engagea le capitaine Quesnay de Beaurepaire « à faire camper ses hommes sur la banquette du rempart, au lieu de les abriter dans les casernes », ce qu’il n’eut pas à regretter, puisque ces casernes seront visées par l’artillerie allemande dès le lendemain matin⁶.

Pour sa part, le sous-intendant Greil de la division Douay dit que ce même soir du 3 août il a encore réuni « tous les boulangers de Wissembourg à la sous-préfecture et traité avec eux pour assurer immédiatement la fabrication du pain. Les fours d’une ancienne manutention furent mis à leur disposition. Des pétrins et des ustensiles de diverses natures furent commandés. »¹³

Tout cela qui n’empêcha pas Boell, à ce qu’il prétend, de faire continuer « le service des remparts » par ses propres volontaires jusqu’au lendemain matin. Il dit avoir également indiqué au commandant Liaud le côté par lequel ils allaient sans doute être attaqués et qu’il fallait « consigner les soldats sur place »⁴.

Ce soir-là, le général Douay se rendit encore à la sous-préfecture, au moment où M. et Mme Hepp achevaient leur dîner. Il mit le sous-préfet au courant de son nouveau dispositif et invita Mme Hepp à se rendre tôt le lendemain matin au Geisberg, encourager sa troupe pendant qu’elle prenait le café. Le sous-préfet, lui, nota qu’après l’arrivée du bataillon Liaud « la population de Wissembourg était toute heureuse de se voir enfin entourée de troupes, après environ trois semaines d’isolement et d’appréhensions de toute nature. Elle y trouvait l’occasion de marquer, par un accueil enthousiaste et sympathique, toute la chaleur de son patriotisme. Les portes maintenant étaient gardées et défendues d’une manière moins platonique et la garde civique, avec la conscience d’avoir accompli son devoir sans faiblesse, pouvait prendre un repos bien mérité. »³

Au petit matin de l’attaque bavaro-prussienne

La nuit a été « obscure et pluvieuse »¹³. Le lendemain jeudi 4 août créa la surprise : les Bavarois et les Prussiens passèrent à l’attaque. Dès « 4 heures du matin, la diane retentit sur les remparts, se souvient un officier du bataillon Liaud (le capitaine Bertrand). Nos soldats, qui se sont endormis sur les talus, la tête appuyée contre le sac, se réveillent et se mettent debout, s’étirent les bras et aspirent à pleins poumons l’air frais du matin. Pendant que les uns allument le feu pour le café, les autres regardent si l’humidité n’a pas rouillé le chassepot aux faisceaux. »¹⁴

Le bivouac du Geisberg, lui, dut alors se procurer du ravitaillement en ville. « Dès le réveil, des corvées de vivres ainsi que de nombreux isolés allèrent acheter des provisions à Wissembourg et s’y trouvaient encore lorsqu’éclatèrent les premiers coups de canon tirés par les Bavarois. De telles moeurs militaires, commente le général Bonnal, indiquent un sans-gêne et une insouciance coupable. »¹⁵ Le manquement était plutôt d’ordre logistique, dirions-nous.

Boell, lui, eut, ce matin-là, dès 7 heures, la visite d’un de ses « volontaires libres », qui avait « passé la nuit à se procurer des renseignements ». Il venait le prévenir que « tout est en mouvement » du côté de Rechtenbach, le deuxième village après la frontière. Boell en informa aussitôt le commandant Liaud et envoya également un exprès à l’état-major de la division Douay⁴.

Ce matin-là, le sous-préfet Hepp note de son côté que vers 7 heures et demie, il est sorti de la sous-préfecture « pour aller recevoir à la porte de Haguenau des approvisionnement de brancards et autres fournitures d’ambulance qu’envoyaient les communes de l’arrondissement », avant de se rendre avec son épouse au Geisberg comme le général Douay le leur avait demandé³. Le sous-intendant Greil, lui, écrit que ce matin-là, à la pointe du jour, il était allé reconnaître avec le sous-préfet « divers locaux propres à recevoir des approvisionnements de fourrages et de denrées du service des vivres. » Il était en train « de traiter pour des fournitures de foin et de paille », lorsque tombèrent les premiers obus allemands. Il remonta aussitôt à cheval pour retourner au Geisberg¹³.

Wissembourg bombardée

À 8 heures, premier coup de canon. « Un nuage de fumée blanchâtre s’élève en tourbillonnant au-dessus de la colline de Schweigen. Une batterie bavaroise, établie sur la hauteur de Saint-Paul, ouvre le feu. Son premier obus fend l’air en sifflant et va éclater contre le mur nord-ouest de la caserne, où il creuse une large brèche. C’est le signal d’une attaque contre la place. Des nuées de tirailleurs bavarois apparaissent subitement au milieu des vignes. Espérant surprendre, par un rapide coup de main, la ville encore endormie, ils s’avancent au pas de course jusque sous les murs. Ils s’avancent les reins pliés, le casque à chenille enfoncé sur le sommet de la tête, ayant l’air de tout avaler et hurlant comme une volée de corbeaux Hurrah ! Hurrah ! Leurs officiers se dandinent sur les flancs des compagnies en criant d’une voix grêle et perçante Vorwärts ! Vorwärts ! »

« Cette masse d’infanterie est appuyée par la batterie de Saint-Paul et deux autres batteries établies à mille mètres en avant vers le nord, qui envoient de nombreux projectiles dans la ville et principalement sur la caserne. »¹⁴

Les sentinelles de la porte de Landau signalent à leur tour l’approche d’une forte patrouille de chevaux légers bavarois. « Nos hommes sautent sur leurs chassepots, garnissent le rempart… (L’ennemi) s’avance lentement en éclaireur, le court mousqueton au poing, le nez en l’air et inspectant les murailles silencieuses de la ville. » Mais, soudain, écrit le capitaine Bertrand, un feu de peloton des lignards, balayant la route, les disperse « au plus vite »¹⁴.

Dès le début du bombardement, Liaud demanda à trois de ses compagnies de renforcer la 1re et la 6e compagnie sur le rempart. Il observe que l’artillerie allemande, « tout en conservant la caser-ne comme principal objectif de son tir, commençait à lancer des obus incendiaires dans différentes directions, notamment sur le beffroi et sur le clocher. » Le feu prit ainsi un peu partout à travers la ville. Aussi, les sapeurs-pompiers, qui gardaient la porte de Haguenau, durent-ils l’abandonner pour combattre au contraire les incendies naissants. Liaud les remplaça par un de ses sergents et quelques lignards¹³.

Boell reconnaît avoir participé à ces premières fusillades. « Le feu s’est déclaré à plusieurs endroits à la fois, écrit-il. Mais nous restions sur les remparts et répondîmes fortement. La fusillade fut parfaite et les Bavarois ont laissé plus de 1 500 morts (?) dans nos vignes. »

Mais « les assaillants se reforment et s’élancent de nouveau en avant. Le tocsin de Wissembourg sonne à toute volée. Ses accents lugubres dominent parfois la grande voix du canon, qui tonne dans toutes les directions. Déjà plusieurs maisons sont en feu et les flammes s’élancent en gerbes menaçantes vers le ciel… Les Bavarois se croient sûrs du succès et s’éclatent en hourras de victoire. Mais un nouveau feu de peloton les décima à bout portant et les fit battre en retraite à toutes jambes. »¹⁴

Le capitaine Bertrand prétendra par la suite que « vers dix heures, le feu de quelques sections du bataillon (Liaud) décima tellement les servants des batteries ennemies que celles-ci sont obligées de changer de position. »¹⁴ Il serait étonnant cependant que les tirs de peloton des lignards aient pu obliger les Bavarois à déplacer leurs canons. Quant à l’artillerie française postée sur le Geisberg, elle n’aurait pas été assez précise : « Die französiche Artillerie hat sehr schlecht geschossen », écrit la Pfälzer Zeitung¹⁷. Ce déplacement ne serait donc que tactique.

La contre-attaque et retraite des turcos

C’est alors que l’ordre est donné à des réserves françaises postées au pied du Geisberg de contre-attaquer « au pas de course » en direction de la gare, du faubourg de Landau et des premières vignes. Dans leur nombre, il y a surtout les trois bataillons du 1er régiment de turcos. Ils « poussent le cri de guerre strident des montagnards kabyles you you !, en agitant leurs chechias ». Une vive fusillade les oppose aux Bavarois. Mais ceux-ci ont bientôt le renfort de l’infanterie prussienne du XIe corps, qui avait passé la Lauter « sur les ponts du moulin de Bienwald… L’ennemi débouche maintenant de tous côtés comme des nuées de sauterelles. »

Wissembourg au début de son enveloppement⁷

Des lignards au repos¹⁸

Représentation tardive (1892) de la contre-attaque des turcos jusque dans les vignes de Wissembourg, par Joseph Bezon, Imagerie artistique, ancienne maison Quantin, Paris (Gallica).

Les turcos « cherchent à enlever les pièces placées près de Schweigen. (Des remparts), on les voit bondir à travers les vignes en poussant leurs rauques clameurs des batailles et charger avec frénésie, brandissant leurs armes, défiant l’ennemi, bondissant avec fureur et se livrant aux ardeurs de la lutte avec une rage effrénée… Une ligne de turcos vient (alors) s’installer au pied des murailles (vers le Pulverturm et la porte de Landau)… Nos hommes sont obligés de ralentir leur feu et le cessent même complètement pour ne pas épuiser leurs munitions et gêner les opérations des turcos. »

Mais écrasés par le nombre et à court de munitions, les turcos doivent bientôt battre en retraite. Pendant plus de deux heures, ils ont tenu tête à plus 5 000 chasseurs et fantassins bavarois. « À bout de cartouches, les diables noirs, fous de colère, envoient leurs dernières balles à la face de ces Teu-tons maudits, puis se replient et disparaissent sur la gauche, sans prévenir de leur retraite le commandant Liaud. » Ils repassent par leur bivouac à l’ouest du Geisberg, y prennent leurs havresacs et leur reste de munitions, puis retraitent sur Rott, la Scherhol et Froeschwiller. Ils ont eu 500 hommes hors de combat, dont 19 officiers, avance Dick de Lonlay⁷. Selon le général Bonnal, ils ont perdu 16 officiers et 600 hommes, presque exclusivement dans les 2e et 3e bataillons¹⁵.

Sortie impossible

Pour l’état-major de la 2e division, il était évident que Wissembourg était désormais perdue. Le capitaine de Biarre fut donc envoyé à la porte de Haguenau pour faire savoir au commandant Liaud qu’il devait évacuer la ville avec ses hommes par la route de Bitche. Il ne put alors lui parler directement. Il en laissa seulement la consigne à l’un des gardes de la porte. Liaud s’exécuta néanmoins. Il « enjoint aux compagnies de son bataillon d’abandonner le rempart et de se réunir sur la place de l’hôtel de ville. » Lui-même courut alors à la caserne « pour faire atteler les voitures »¹³.

« À une heure, nos six compagnies sont réunies (devant la mairie), l’arme au pied, le sac au dos et avec leurs voitures de bagages. Le commandant Liaud se met à (leur) tête : Armes à volonté ! En avant, marche !, commande-t-il. »¹⁴ Liaud entendait initialement s’échapper par la porte de Haguenau, puis par la route de la Scherhol. Mais en y arrivant, il vit que cette sortie était entièrement fermée par un ennemi bien trop nombreux. Il décida donc de revenir en arrière et de tenter sa sortie par la porte de Bitche¹³.

Sa « petite colonne » s’y dirigea « d’un pas rapide ». À son approche, le pont-levis de la porte de Bitche avait déjà été à moitié abaissé. Les lignards crurent donc qu’ils allaient « quitter la ville ». Mais « comme par enchantement », une nuée de Bavarois se montra alors sur les hauteurs d’en face et se mit à tirer « une terrible salve de gros fusils Werder, (qui éclata) comme une explosion formidable de pétards. À cette tudesque réception, nos compagnies se jettent aussitôt à droite et à gauche dans le chemin de ronde et les ruelles qui y débouchent obliquement. » Elles ripostent de leurs chassepots et rendent « feu pour feu à l’ennemi ». Mais il devenait évident qu’il était tout aussi impossible de sortir de Wissembourg par ce côté. Les Bavarois contrôlaient tous les débouchés. Les lignards « jurent (alors) de se défendre jusqu’à la dernière extrémité »¹⁴.

Chute et reconquête de la porte de Haguenau

Liaud demande alors à quatre de ses compagnies de se reposter, deux par deux, aux portes de Haguenau et de Landau, les deux dernières restant porte de Bitche. Celles-ci étaient en train de s’y rendre « au pas de course, quand un flot d’habitants épouvantés se jette à travers nos rangs en criant d’une voix affolée : Les Bavarois sont dans la ville ». En effet, à peine les lignards avaient-ils quitté les remparts pour se rassembler place de l’hôtel de ville, que « des Juifs affidés des Allemands », affirme le capitaine Bertrand, avaient abaissé le pont-levis de la porte de Haguenau, permettant « à un flot d’ennemis » d’entrer¹⁴. Accusation que Dick de Lonlay reprend mot pour mot dans deux de ses ouvrages : « Des juifs affidés aux Allemands ouvrent à ceux-ci la porte de Haguenau et le flot des Bavarois pénètre dans les rues tortueuses de Wissembourg. »⁷ ¹⁶

Combats dans les rues de Wissembourg⁷.

 La 1re compagnie, suivie de la 3e, courut néanmoins « par les ruelles tortueuses » en direction de la porte de Haguenau pour la reconquérir, « le chassepot tout armé et serré contre la poitrine ». Mais en débouchant place du marché aux choux, par la rue de l’ordre Teutonique, le premier rang dut s’arrêter net, se trouvant face à un peloton de Bavarois, qui s’avançaient « lentement, le corps penché en avant, le casque sur le nez, l’arme prête. Derrière eux, à 50 m, marchait une forte colonne d’infanterie. Pantalons rouges et tuniques bleues s’observent un moment », quand enfin le capitaine Launay-Onfrey se mit à hurler : « En avant le 74e ! », en s’élançant le sabre haut.

La défense de Wissembourg intra muros dans l’Histoire populaire de la guerre de 1870 du commandant Rousset.

« Électrisés par sa bravoure, nos hommes le suivent au pas de charge, la baïonnette en avant et chargent à corps perdu les Bavarois très étonnés de cette brusque apparition. Une salve de mous-queterie à bout portant nous accueille. Plusieurs d’entre nous roulent à terre, morts ou blessés. » Parmi eux, le capitaine Launay-Onfrey. Mais celui-ci, en dépit de sa blessure, se relève « en brandissant son sabre et répète à ses hommes En avant, mes enfants ! À la baïonnette ! » Le lieutenant Petit prend sa relève. Bien qu’atteint lui-même au visage, il entraine les lignards encore valides « comme des furieux sur les Bavarois. »

« Après une courte résistance, les fantassins allemands tourbillonnent sur eux-mêmes et sont refoulés, la baïonnette dans les reins jusqu’au-delà de la porte de Haguenau, semant les rues de tués, de casques, de fusils, de havresacs, etc. »¹⁴ Liaud ajoute : « Quelques hommes gravirent (alors) le rempart et engagèrent aussitôt le feu avec le gros des assaillants qui se trouvaient sur les glacis. Les autres se précipitèrent, officiers en tête, hors de la porte, en dégagèrent les abords et relevèrent le pont-levis ». Ainsi donc, la porte de Haguenau a-t-elle été momentanément reprise¹³. Mais très peu de temps seulement, car « des masses profondes s’avancent alors et repoussent de vent elles nos deux compagnies, qui rentrent dans la ville », en cessant de tirer pour économiser leurs cartouches¹⁴.

La porte de Landau éventrée

De son côté, Liaud, qui était revenu à la porte de Bitche, apprend que la porte de Landau était elle aussi tombée, avant que la 6e compagnie qui devait en reprendre la garde n’ait pu s’y rendre. « Des traîtres maudits en (avaient) abaissé la porte », explique le capitaine Bertrand¹⁴. Affirmation elle aussi reprise mot pour mot par Dick de Lonlay dans ses « Français et Allemands »⁷. Les Bavarois en avaient évidemment profité pour entrer en masse. Selon le capitaine Bertrand, la faute en reviendrait à la 6e compagnie, qui « s’était égarée dans les rues sinueuses de la ville et était arrivée près d’une fausse porte (le Grabenloch ?), située entre celle de Bitche et de Haguenau ». Confusion due au fait que ses hommes, arrivés la veille, ne s’étaient pas encore familiarisés avec la ville et que les habitants n’avaient pu les renseigner, puisqu’ils se terraient dans leurs caves¹⁴.

Liaud décida néanmoins de se rendre « au pas de course » avec quelques hommes de la 5e compagnie à la porte de Landau pour la reconquérir également. Mais à peine avaient-ils fait 200 pas qu’ils rencontrent un peloton bavarois. Dans l’échange de coups de feu qui s’ensuivit, Liaud est atteint d’une balle à la jambe. « Cette blessure, dit-il, me contraignit à entrer dans une maison, où je reçus les premiers soins. »¹³ Le capitaine Bertrand prit sa relève. En arrivant à « la grande place », il se heurte à son tour à « une colonne serrée de Bavarois. Après avoir essuyé quelques coups de feu, il se rejette (avec ses hommes) dans les rues latérales, où il rencontre de nouveaux ennemis. Un combat acharné s’engage alors dans les maisons et les ruelles étroites. On combat corps à corps. Les escaliers, les chambres, les corridors s’emplissent de fumée. On lutte partout et nos admirables soldats sont partout un contre cinq, six, douze. »¹⁴

Avec ses hommes, Bertrand parvient néanmoins à « gagner le chemin de ronde (du rempart nord), négligé par l’ennemi », puis à revenir avec sa section vers la porte de Bitche, où finit donc par se retrouver tout ce qui restait du bataillon Liaud¹³.

Divergences sur les portes de Haguenau et de Landau

La porte de Landau avait-elle, elle aussi, été ouverte par des « traîtres maudits » ? Et non pas simplement forcée à coups de canon, comme le voudrait la vérité officielle ? Chaque auteur avance sa théorie.

Alfred Duquet admet qu’elle a bien été bombardée par l’artillerie allemande. « Les murs, les poutres, les parapets s’écroulent petit à petit sous les obus. Les défenseurs sont obligés de s’abriter. Les Bavarois peuvent s’approcher, baisser le pont-levis et trois régiments se précipitent dans Wissembourg par la Grand-rue et les ruelles latérales. Telle est la version prussienne. Mais il est probable que l’abandon de la porte de Landau a été causé par l’ordre donné aux défenseurs de Wissembourg de se rendre sur la place d’armes pour la retraite, si opportunément et étrangement apporté au commandant Liaud. »¹⁹

Pour P.-A. Veling, la porte de Landau a bien été forcée par les Allemands à coups de canon, mais c'est « un Allemand habitant la ville (qui a baissé) le pont-levis de la porte de Haguenau. »²º

Victor-Adolphe Malte-Brun amalgame également les deux hypothèses : « La porte de Landau est enfoncée et d'après l'aveu d'un général allemand une poterne aurait été ouverte en ce moment aux Bavarois par des agents qu'ils avaient réussi à introduire dans la place. »²¹

Comme Dick de Lonlay, Adhémar de Chalus, s'est basé, pour raconter la défense de Wissembourg, sur le récit du capitaine Bertrand, mais en l'atténuant. Sans parler des Juifs, il affirme que « le pont-levis (de la porte de Haguenau) a été abaissé par des civils affidés des Prussiens ou par des habitants qu'effrayaient la prolongation de la défense ». Par contre, il ne dit rien des circonstances de la chute de la porte de Landau²².

Le commandant Rousset, enfin, admet que la porte de Haguenau a été bien « ouverte aux Bavarois par un des leurs, habitant de Wissembourg, qui violait ainsi les lois les plus élémentaires de l'hospitalité... (mais que) la porte de Landau (a été) éventrée, écrasée de projectiles. Les Bavarois s'y étaient précipités et trois régiments s'engouffraient par son pont-levis dans la grande rue de la ville pour se répandre de là dans les rues latérales. »²³

La reddition

Ainsi donc, les rescapés du bataillon Liaud ont-ils fini par être acculés aux abords de la porte et du Faubourg de Bitche, autour notamment du capitaine Charles de Lauwereyns de Roosendaële, commandant de la 3e compagnie, et du capitaine Bertrand, commandant de la 6e compagnie, qui avait pris la relève du capitaine Liaud blessé, comme commandant de l’ensemble du bataillon. Les incendies continuaient de « dévorer la cité (et) les rues (étaient) littéralement pavées d’obus et sillonnées d’éclairs. » Les lignards, qui avaient encore quelques cartouches, reçurent alors la consigne de se placer aux angles des rues pour affronter les Bavarois¹⁴. Lauweleyns dit même : « Entrons dans les maisons. Nous allons nous y défendre. »²⁴

« Le choc devenait inévitable, lorsqu’on vit se dresser devant (le) front le drapeau parlementaire. Il était porté par le maire, qui (demandait) à faire cesser le combat. »¹⁴ Les capitaines de Lauwe-reyns²⁴ et Bertrand¹⁴ nous rapportent tous deux cette reddition sans vraiment se contredire.

« Pour réduire le dernier carré de résistance », écrit ainsi Lauwereyns, les Bavarois avaient « contraint » le maire Gauckler. Ils l’avaient en quelque sorte pris en otage et comme bouclier. Ils l’ont « entraîné (vers les Français) ceint de son écharpe tricolore et porteur d’un drapeau blanc ». Gauckler leur demanda alors de cesser le combat contre la promesse des Bavarois de les laisser sortir librement de la ville « avec armes et bagages ». Lauwereyns répondit : « Mais Monsieur le maire, notre honneur militaire veut que nous tirions nos dernières cartouches ! »²⁴ Gauckler, qui avait vu « quelques soldats se montrer aux fenêtres avec leurs fusils »¹⁴, s’écria alors : « Ne tirez pas ! C’est ma mort. Mon père et ma fille sont (déjà) grièvement blessés ! Ne tirez pas ! Épargnez à la ville les horreurs d’une nouvelle effusion de sang. Vous avez combattu avec courage. »²⁴

Selon Bertrand, le maire aurait dit que « nous (les Français), voulions sa peau, que la population, outre un dommage matériel énorme, aurait encore à déplorer des morts et des blessés. Résister plus longtemps aurait été engagé sans la moindre chance de salut, la lutte insensée de la baïonnette contre la balle et boulet en exposant la population à de cruelles représailles. » Et d’ailleurs, les habitants « commençaient à se répandre dans les rues. »¹⁴ 

Le capitaine Bertrand dit alors au maire « qu’il tenait encore des points importants ! Il feignit (lui aussi) d’avoir encore des munitions (alors que ses hommes n’avaient plus qu’ « une moyenne de dix cartouches »), et déclare qu’il entendait n’entrer en pourparlers que sur la seule question d’évacuation. L’officier bavarois ayant répondu qu’il en serait ainsi (Also !), le capitaine Dufour fut conduit près du général major Maillinger pour s’entendre avec lui sur ces bases. Mais le général Maillin-ger déclara, au nom du général Bothmer commandant l’attaque, qu’il ne pouvait admettre une évacuation (Wissembourg n’étant pas une place forte). La garnison devait se constituer prisonnière. »¹⁴

« Les officiers réunis autour du capitaine Bertrand reconnurent (alors) que l’humanité devait en cette circonstance l’emporter sur nos derniers scrupules militaires. (Ils consentirent à déposer les armes). Les soldats formèrent les faisceaux et furent conduits dans l’église » abbatiale, où ils furent enfermés pour la nuit. Les officiers eux, étaient « prisonniers sur parole et conservaient leurs armes ». Ils furent assignés dans un local à part¹³, situé dans les dépendances de l’auberge de l’Ange.

Quelques rares auteurs s’écartent toutefois de ce scénario. Pour Conrad Munsch, c’est « place du Vieux-marché », que le maire Gauckler avait fait son apparition, « porteur du drapeau blanc (pour) s’in-terpose(r) entre les combattants »²³.

Le commandant Rousset, lui, affirme que c’est à « une fenêtre de l’hôtel de ville (qu’) un drapeau blanc parut tout à coup. » Un major bavarois s’en était alors approché « et fut interpellé par un conseiller municipal qui offrait de rendre la ville, si l’ennemi consentait à laisser nos soldats l’évacuer. Le major accepte pour son compte et s’en fut informer le général Maillinger, commandant la 8e brigade bavaroise, de cette étrange négociation. Mais celui-ci refusa de la ratifier. Bien au contraire, il lança contre chaque porte de nouvelles troupes et en cerna successivement et complètement chaque groupe de défenseurs. Ceux-ci n’eurent bientôt plus d’autre ressource que de mettre bas les armes. L’ennemi se trouva (ainsi) définitivement maître de Wissembourg. »²²

De toutes les façons, admet le capitaine Bertrand « toute résistance (était devenue) impossible. Les cartouchières (étaient) entièrement vides. (De tous côtés, on ne voyait) que les colonnes profondes des Bavarois, dont les canons installés sur les glacis sont braqués sur les portes, prêts à écraser les derniers défenseurs. Au-dedans, la place de l’hôtel de ville ainsi que tous les débouchés sont occupés par l’ennemi. Wissembourg (était) cerné de toutes parts par près de 100 000 hommes… Il n’y (avait) plus qu’à se rendre…¹⁴

« Mais les Bavarois, irrités par une aussi longue résistance, entourent (nos hommes) et les traitent avec la dernière arrogance. Leurs sabres leur sont enlevés. Quelques-uns même ont leurs décorations arrachées… Ces vainqueurs à vingt contre un, qui se sont déjà souillés par le massacre de nos blessés dans les faubourgs de la ville, se comportent avec une sauvagerie sans nom. Partout le pillage et l’assassinat. »¹⁴

Mais les blessés ne sont pas oubliés. « Les dames de Wissembourg, souligne Conrad Munsch, relèvent les victimes, les transportent dans leurs propres demeures. Ce sont les dignes descendantes de leurs mères, qui le long des lignes (de la Lauter), pendant la grande tourmente révolutionnaire, portaient dans leurs paniers la poudre et les balles que réclamaient les défenseurs sur sol… La population généreuse et patriote a rempli sans compter et jusqu’au sacrifice toute la plénitude de ses devoirs encore sa patrie. »²⁵

Les Wissembourgeois ont-ils, oui ou non, fait le coup de feu ?

Ainsi donc, le récit anonyme du capitaine Bertrand¹⁴ a-t-il laissé fort de place à une participation des civils à la défense de Wissembourg en cette journée du 4 août. Il souligne au contraire leur rôle défaitiste : ouverture de la porte de Haguenau par des Juifs et de la porte de Landau par des « traî-tres » ; suivie de la demande de reddition par le maire et le conseil municipal, toutes choses que ni le sous-préfet Hepp, ni Boell ne soulignent dans leurs propres récits.

Le sous-préfet a d’ailleurs lui aussi minimisé le rôle des « volontaires libres » de Henri Boell. Ce rôle, à ce qu’il prétend, s’est limité à « guid(er) les officiers et les soldats du 74e pendant la défense de la place et (à) leur donn(er) le plus utile concours pour leur approvisionnement. »³

Mais bien d’autres sources affirment clairement le contraire. Le capitaine Lauwereyns de Roosen-daële, qui commandait la 3e compagnie du bataillon Liaud dit ainsi avoir été rejoint par des francs-tireurs. Le matin du 4 août, raconte-t-il, « je visite mes hommes (sur les créneaux du Pulverturm). Dans un rentrant, je trouve un homme un peu ivre et qui tire sans viser. Un bourgeois demande un fusil. Je lui dis que c’est beau, mais que son métier n’est pas de se faire tuer. Il me répond en riant : – Allons donc ! Vous allez voir ! Et les hommes le font tirer par un créneau. Il est très bon tireur. Il a été soldat et il répète : – Je sais mourir comme un Français, voilà comme un François doit mourir. Il n’a pas bu. Il est calme et se possède bien… Il va plus loin et, dans une autre compagnie, il tire à découvert et répète toujours sa phrase. Enfin, une balle le touche à la tête, et il se meurt. (Des témoins disent qu’il répéta une dernière fois : – Voilà comment un Français doit mourir. Il avait la figure intelligente, 25 à 30 ans. »²⁶

Dans son récit, le capitaine de Lauwereyns de Roosendaële mentionne « un autre individu bien mis (Boell a priori), qui ne cesse d’apporter à boire, en bravant le feu, et voulant tirer de temps en temps. Il indique bien les endroits où il faut viser. »²⁶

Cette représentation fantaisiste des Wissembourgeois défendant leur ville basse a d’abord paru dans l’hebdomadaire parisien Le Monde Illustré du 27 août 1870, puis dans l’Histoire de l’invasion de Louis Sacré et Louis Noir de 1875 ainsi que dans Histoire illustrée du second Empire, t. 6, p. 273, de Taxile Delord parue 1883 (ci-dessus). Elle est l’oeuvre de Frédéric-Théodore Lix, né à Strasbourg en 1830 comme fils du commandant du corps des sapeurs-pompiers d’Alsace.

Cette représentation fantaisiste des Wissembourgeois défendant leur ville basse a d’abord paru dans l’hebdomadaire parisien Le Monde Illustré du 27 août 1870, puis dans l’Histoire de l’invasion de Louis Sacré et Louis Noir de 1875 ainsi que dans Histoire illustrée du Second Empire, t. 6, p. 273, de Taxile Delord parue 1883 (ci-dessus). Elle est l’oeuvre de Frédéric-Théodore Lix, né à Strasbourg en 1830 comme fils du commandant du corps des sapeurs-pompiers d’Alsace.

Conrad Munsch, lui, soutient que « des jeunes gens se (sont alors) précipit(és) aux remparts (et joints) aux soldats pour y faire le coup de feu et défendre la noble cité. »²⁵

Dans son « 1870-1871 illustrés » parus en 1910, Léon Van Neck l’admet également : la ville de Wissembourg « se défendit énergiquement. Les habitants firent le coup de feu. »⁸ Et le général baron Ambert le redit à son tour : « Wissembourg est vigoureusement défendu par la troupe et les habitants »²⁷, mais sans autre détail.

Dans leur Histoire de l’invasion de 1875, Louis Noir et Louis Sacré forcent le trait, un peu trop même, semble-t-il. Le matin du 4, écrivent-ils, « la ville est bombardée sans sommation, sans délai, contrairement à tous les usages. Le droit des gens exige l’envoi d’un parlementaire. Les habitants indignés de cette violation des lois de la guerre s’exaltent contre l’ennemi. Les plus déterminés pré-

parent cette résistance, qui coûtera si cher à la population. Au fond des caves, on charge déjà les vieux fusils qui doivent faire feu plus tard, si l’ennemi entre. La ville a comme un sombre pressentiment du sort qui l’attend. Les citoyens restent sombres. Les femmes ont aux yeux des regards farouches. Des cris de colère et de désespoir saluent chaque obus qui effondre un mur.

« On avait annoncé que les Bavarois massacreraient les blessés dans les faubourgs et fusilleraient les habitants sans merci. Du haut des murs, on les avait vus égorger des turcos mourants et sans défense. Des civils fuyant vers la ville avaient été salués par des salves meurtrières. On craignait tout d’une soldatesque brutale et féroce : mourir pour mourir, mieux valait se battre et tomber en se défendant. Tous ceux qui purent se procurer une arme et des cartouches le tentèrent, mais bien peu avaient des fusils. Quelques armes de chasse, des chassepots ramassés dans les rues, des fusils à piston de la Garde nationale, mais peu ou point de cartouches pour les charger. Telle fut la suprême ressource des Wissembourgeois. Ils luttèrent aux portes et aux fenêtres de leurs maisons éventrées par les projectiles. Ils firent ça et là des efforts héroïques, impuissants, dangereux (…). Les Bavarois agirent en brutes exaltées par la victoire. Ils faisaient voler les portes (des maisons) en éclats à coups de crosse, sautaient dans les chambres et éventraient tout sans pitié. Ils ressortaient les poches pleines de bijoux volés et les baïonnettes rougies. »²⁸

Le capitaine Quesnay de Beaurepaire ajoute : « Nous avons vu les Wissembourgeoises, ces bonnes mères de famille, portant à travers les balles et les obus des écuelles de bouillon à nos soldats (qui avaient 20 ans), et cependant leurs maisons brûlaient, leurs propres enfants tombaient et la mort les attendait elles-mêmes. Ces braves femmes ne pensaient qu’à ceux qui se battaient pour la patrie. »

Ledit capitaine cite enfin le cas d’« un jeune homme de 16 ans, qui a combattu depuis le matin à nos côtés. Les cheveux au vent, la chemise ouverte, les manches retroussées jusqu’aux coudes, il tirait fiévreusement et montait chaque instant sur le talus pour mieux diriger ses coups. C’est là qu’il fut mortellement frappé et je le vois brandir une nouvelle fois son chassepot en criant Vive la France. »

Témoignages allemands

Côté allemand, par contre, on est unanime à souligner l’implication des civils. Se fiant aux dires de ses troupiers, avec lesquels il a bavardé à l’issue des combats, le Kronprinz de Prusse, est catégorique : « Les habitants ont fait le coup de feu de leurs maisons. Le fait a été confirmé par des dépositions faites sous la foi du serment et plusieurs arrestations ont été opérées. »²⁹ (“Bürger haben aus den Häusern geschossen, wie bereits eidlich bekundet worden sein soll”³º).

Le capitaine Quesnay de Beaurepaire confirme que « les Allemands font une enquête pour connaître ceux qui ont pris part à la lutte. Ils désigneront sans doute de nouvelles victimes. Mais ils en trouveront un grand nombre tombées sur les remparts. »⁶ autrement dit, l’enquête était inutile, car ceux qui avaient fait le coup de feu y avaient trouvé la mort pour la plupart.

La presse allemande a largement propagé cette implication. L’Allgemeine Zeitung écrit : « In der Stadt entwickelte sich ein blutiger Strassenkampf, an dem auch Weissenburger Bürger Theil nah-men, die für diesen Frevel meist furchtbar bestraft wurden. »¹⁷ Le 9 août, la Gazette de Francfort ajoute : « On dit que des habitants de Wissembourg ont tiré sur les troupes allemandes. Des femmes auraient versé de l’eau chaude sur les soldats. »³¹

La Kommandatur, complète Robert Sabatier, a été « très mécontente » de l’attitude des habitants. Dès la fin des combats, elle fit « la chasse aux francs-tireurs et détenteurs d’armes de guerre » et commença à manifester « une véritable hantise » à cet égard³². Des hommes sont arrêtés, en particulier le capitaine de gendarmerie Hentz, chez qui l’on avait trouvé des armes et qui sera transféré en Allemagne. Le sous-préfet Hepp tenta de prendre sa défense, mais finira par être appréhendé lui-même et conduit devant le commandant d’étapes. Des poteaux indicateurs vicinaux, en effet, avaient disparu, ce qui avait induit un corps de troupe allemand en erreur dans ses mouvements. Hepp fut donc sommé de les faire rétablir au plus vite³.

Parmi les habitants arrêtés figuraient aussi, selon la Gazette de Francfort, l’hôtelier de l’Ange Scherer, son fils et une femme. « Ils ont été conduits à Mayence. M. Scherer devait être fusillé. Le prince royal de Prusse l’a gracié. »³¹

En parcourant la Pfalzerzeitung de Spire, le sous-préfet Hepp devait apprendre qu’il avait lui-même trouvé la mort lors de l’assaut final. En se rendant « en uniforme dans la rue pour dissuader la population civile de tirer sur les troupes allemandes (il) fut pris pour un officier français et abattu. » Par la suite, il reçut la visite d’un Wurtembergeois, qui lui dit que « sa femme n’avait pas voulu le laisser partir, car on (la presse allemande) racontait que la population wissembourgeoise était à ce point patriote qu’elle attaquait à coups de feu et à torrents d’huile bouillante ceux qui se hasardaient dans la ville. »³

Paul Stroh est donc catégorique : « Il est incontestable, écrit-il, (qu’à Wissembourg) des hommes ne portant pas d’uniforme firent le coup de feu sur des soldats allemands, et cela dès avant les batailles. (Leurs actes) suscitèrent dans l’armée allemande une méfiance générale à l’encontre des Alsaciens et furent à l’origine des mesures de répression brutales dont souffrirent quelques jours plus tard d’innocents habitants de Woerth et de Gunstett. »³³

Le phénomène n’était pas que wissembourgeois d’ailleurs. Le matin du 4 août, selon Paul Stroh, « des civils, très probablement des gardes frontaliers, qui ne portaient le plus souvent qu’une blouse, (avaient également tiré) sur des hussards à la tuilerie du Bienwald et à Schleithal et blessèrent quelques cavaliers… C’était sans doute courageux de leur part, mais leurs actes irréfléchis justifièrent la méfiance et hostilité des Allemands envers la population. On comprend que dans ces conditions, les Allemands attribuèrent aux habitants tout coup de feu dont ils ignoraient l’origine. »³³

Rumeurs d’atrocités allemandes

À l’inverse, côté français, on répandit des rumeurs d’atrocités allemandes. Le plus prolixe à cet égard est assurément Dick de Lonlay, d’autant qu’il le fit dans deux ouvrages différents. Dans « Français et Allemands », il écrit que dès qu’ils ont pu se rendre maîtres de la ville les Bavarois se sont livré « aux actes de la plus révoltante barbarie, agiss(a)nt en brutes exaltées par la victoire. (Ils) pillent et assassinent avec une sauvagerie qui rappelle les plus mauvais temps du Moyen-Âge. Ils font sauter les portes en éclats à coups de crosse, sautent dans les chambres et éventrent tout sans pitié. Ils ressortent les poches pleines de bijoux volés et les baïonnettes rougies. Derrière eux, des cadavres gisent dans des mares de sang. Des passants inoffensifs sont massacrés sans aucun motif. »

Dick de Lonlay ajoute que le lendemain 5 août « pour imiter les sacrifices antiques », les Allemands ont également mené « une vingtaine de prisonniers à l’endroit où est mort le général Douay. » avant de les fusiller et enterrer sur place. « La population de Wissembourg montre encore leur tumulus aux voyageurs. »

Les Allemands se sont aussi vengés contre les turcos. Dans son Kriegstagebuch, le Kronprinz de Prusse, se fiant aux dires de ses troupiers, les qualifia de « vrais sauvages » puisqu’ils faisaient les morts pour tirer dans le dos et achevaient les blessés. Pour Dick de Lonlay, les barbares, en réalité, sont les Bavarois. « Sait-on comment le 4 août ils traitèrent les turcos blessés qu’ils trouvèrent dans les faubourgs de Wissembourg ? (Ces) blessés avaient été transportés dans les maisons comprises entre le chemin de fer et la porte sud de la ville. Il y en avait partout dans les caves, les chambres et jusqu’au grenier. Alors ont eu lieu des scènes d’horreur qui suffiraient pour déshonorer l’Allemagne… Les brutes de la Germanie arrivent à travers les vergers attenants à ces maisons, fusillent tout ce qui se montre, habitants et soldats, brisant à coup de fusil portes et fenêtres, tirant de force les femmes et les enfants des caves, où ils se sont réfugiés et se faisant ouvrir les portes des chambres. On a beau leur dire qu’il n’y a plus un homme valide, que tous les soldats et officiers qui ont été transportés là sont blessés. Ils ne veulent rien entendre.

« Dans une chambre, que le propriétaire montre à tous les visiteurs français et qui a gardé la trace des balles, se trouv(ait) un lieutenant de turcos, le brave Vuillemin, blessé, dès le commencement de l’action, d’une balle au-dessus du genou, qui lui a fracassé l’os. Il est étendu sur un lit. Cinq ou six turcos, tous grièvement blessés, gisent par terre auprès de lui. Les Bavarois entrent. Dix au moins s’élancent sur ces malheureux et les achèvent séance tenante à coups de baïonnette. Ils prennent Vuillemin, le jettent à terre, hors de la maison, sans respect pour son grade et sa blessure. Ces Messieurs le traînent par sa jambe cassée, en poussant des exclamations de joie féroces jusqu’au pied d’un arbre. Là, on va le fusiller, quand par hasard un (médecin) arrive et met fin à cette boucherie.

« Recueilli par de braves Alsaciens, qui le soignèrent longtemps chez eux, le lieutenant Vuillemin put se guérir de cette terrible blessure. (Mais) dans une autre maison, trois turcos se sont réfugiés au grenier et cachés dans la paille. On les découvre. On les saisit. On ouvre la fenêtre et on les précipite sur le pavé de la cour, où ils se brisent les reins. Un seul échappe à la furie tudesque. Il est parvenu à s’enfouir si profondément dans la paille qu’on ne l’a pas aperçu. Mais on le retrouve mort, quatre jours après. »¹⁶

Combien de tués et de prisonniers ?

Les chiffres sont très incertains. Le sous-préfet Hepp rapporte que quelque 450 soldats français ont été faits prisonniers ce 4 août dans Wissembourg intra muros et enfermés dans l’église abbatiale³. Boell, par contre, dit qu’il fut mis à part, avec ses volontaires, « sous une surveillance extraprussienne »⁴. Qu’est-ce à dire ? Mystère.

Côté assiégés, il y eut, selon Boell, deux « volontaires » de tués ainsi que 9 soldats du 74e⁴. La Pfälzer Zeitung donne par contre le chiffre de 350 captifs, dont 12 officiers (« Etwa 350 Gefangene, darunter 12 Offiziere »¹⁷). Mais selon Liaud, son bataillon eut 10 tués, 25 blessés et 20 disparus, alors que les Bavarois durent enterrer 472 des leurs dans les vignes au nord de Wissembourg, chiffre certifié par le maire¹³.

Mais s’il est vrai que les 6 compagnies du bataillon Liaud comptaient, selon le capitaine Quesnay de Beaurepaire, près de 600 hommes à leur entrée dans la ville⁶, avec entre 350 et 450 captifs, ils auraient eu entre 150 et 250 tués et disparus. Et au nombre de ces disparus, combien de blessés cachés ?

Le soir même de la reddition, l’épouse du sous-préfet apporta à manger aux captifs de l’abbatiale et lui-même recueillit leurs lettres à leurs familles pour les leur faire poster³. Le capitaine Quesnay de Beaurepaire rapporte que le sous-préfet et le substitut ont promis de leur procurer « des aliments, des bottes de paille, s’il est possible. Nous pouvons avoir foi dans ces hommes de cœur, que nous avons vus partout, affrontant les dangers pour enlever les blessés et combattre les incendies ». Par la suite, le même capitaine apprendra de ces mêmes captifs que « les promesses du curé et du sous-préfet ont été exécutées le soir même. Les prisonniers ont reçu du pain, de l’eau et de la paille et une ambulance de Genève (de la Croix-Rouge) leur a distribué le matin des biscuits. »

Quesnay de Beaurepaire, lui, a partagé le sort des officiers qui ont été enfermés dans une dépendance de l’hôtel de l’Ange. C’était « une pièce au-dessus des servitudes, longue salle à manger qui doit servir ordinairement aux repas de noces (pendant que la cour était) encombrée de chevaux et de soldats ». Ils purent s’étendre « sur de la paille, que les hôteliers ont fait monter en même temps que du bouillon ». Dans un coin de cette salle, il y avait un poêle de faïence, avec « de gros tuyaux coudés à angle droit, suivant l’usage en Alsace, qui faisaient de nombreux circuits avant d’aboutir à la cheminée, qui est condamnée et qui ne sert plus que de console. » Aux murs, pendaient des cadres en bois noirci et des lithos représentant notamment, ô dérision, la bataille de Wagram et Napoléon visitant ses troupes à la veille de la bataille d’Austerlitz.

Ce soir-là, un général bavarois traversa cette salle « pour gagner ses appartements ». Il salua alors militairement les captifs et leur dit en français qu’il leur fera adresser un témoignage écrit de son estime⁶. Car à 500 ils s’étaient si bien battus que les bavaro-prussiens crurent que Wissembourg avait été défendu par plusieurs régiments et de nombreux gardes nationaux⁶.

Dès le lendemain 5 août, les hommes du rang furent conduits à pied à la gare de Schaidt, où un train les emmena à Mayence, puis à Ingolstadt, où ils furent internés. Les officiers durent par contre marcher à pied jusqu’à Neutstadt-an-der-Haardt, d’où ils ont été acheminés à leur tour en train à Mayence, puis à Ingolstadt, sur le Danube à la frontière autrichienne. Pourquoi ce détour ? Le cortège à pied des officiers avait pour but d’impressionner favorablement en chemin les troupes allemandes qui continuaient d’affluer vers la frontière. À Mayence, il fallait également que tous les captifs défilent devant le roi de Prusse, qui y avait son QG ainsi que devant son armée de réserve⁶.

Liaud fut fait prisonnier lui aussi, mais a finalement été soigné à la sous-préfecture. Il dut rester à Wissembourg encore six semaines avant de pouvoir être dirigé sur le camp de Mersebourg, en Saxe-Anhalt¹³.

Décompte des victimes civiles

Et qu’en est-il du nombre de civils tués ? Le maire Gauckler ne devait finalement enregistrer à l’état civil que 4 décès (3 hommes et une femme) les 4, 5 et 6 août, dont trois seulement sont dus avec certitude à la bataille. Le premier est celui du chef de gare Jean Schott, survenu le 6 août seulement, d’après le registre, à 10 h du matin. Il était âgé de 53 ans et natif de Hurtigheim, à l’ouest de Strasbourg³⁴. Selon le capitaine Bertrand¹⁴ et Dick de Lonlay¹⁶, « le malheureux chef de gare s’est réfugié dans sa cave. Il y est traqué comme une bête fauve. On fait feu sur lui par le soupirail et ses bourreaux ne l’abandonnent que lorsqu’il tombe littéralement troué de balles. »

Veling ajoute : « Les Allemands pénètrent dans la gare, évacuée par les turcos, massacrent tous les blessés, qui leur tombent sous les mains, assassinent le chef de gare, mutilent son fils, tuent une femme et ses deux enfants, pillent à fond le buffet (M. Faivre en était le propriétaire). Plusieurs turcos blessés recueillis à l’auberge de la gare sont (également) hachés en morceaux. »²º

La seconde victime civile enregistrée par le maire Gauckler est Marie Schnabel, 18 ans, décédée le 5 août vers 10 h du matin, sans profession, née à Sélestat, fille du greffier de la justice de paix Louis Schnabel de Wissembourg³⁴. À son sujet, le capitaine Bertrand et Dick de Lonlay écrivent : « Une pauvre jeune fille fuyant devant les soldats leur sert de cible et tombe fusillée au milieu de sa course. »¹⁴ ¹⁶ Selon Robert Sabatier, au contraire, elle a été tuée « d’un éclat d’obus alors qu’elle gagnait sa cave, dont l’entrée donnait sur la rue. »³² Après son « meurtre », il y eut encore, toujours selon Dick de Lonlay, « un carnage effroyable que ne suspend même pas la fin de la résistance. Pendant toute la nuit, on massacre, on fusille les vaincus, civils et militaires. Dans quelques maisons, on ne laisse pas un être vivant. »¹⁶

Selon Robert Sabatier, il y eut un 3e tué : le « casernier » Hambach³². Dans le registre de décès, il est enregistré sous le nom de Jean-Frédéric Stambach, charpentier, 61 ans, né à Wisssembourg et décédé le 4 août à 10 heures du soir³⁴.

Dans les rues de Wissembourg, le 5 août

Deux correspondants de guerre allemands ont pu entrer dans Wissembourg le 5 août 1870 par la porte de Landau détruite. Pour une fois, leurs témoignages concordent mot pour mot, au point qu’on pourrait croire qu’ils sont sortis de la même plume.

Le reporter de la Elberfelder Zeitung écrit : « Das östliche Festungsthor war durch Bayerische Artillerie zusammen geschossen. Ein Pfeiler des architectonisch ziemlich hübschen Werkes lag im Festungsgraben. Auch der Torturm hatte mehrere Schüsse bekommen und das Zifferblatt der Uhr hing herunter nur nach unten seitwärts von einem Nagel festgehalten. »

Son confrère de la Badische Zeitung a noté de son côté : « Das nach der Pfalz führende Thor war zusammengeschossen und zur Hälfte in den Graben gestürtzt. Die Zugbrücke wiederherge-stellt. Der Verkehr hin und her, sowohl durch Militär als durch Einwohnerschaft, sehr belebt. Ein Granatschuss der Bayerischen Artillerie hatte die Uhr am Thurme zerschmettert. Das Zifferblatt hing nur noch an einem Nagel. »

La ville était submergée de militaires, heureux de célébrer la fraternisation bavaro-prussienne. « Die Stadt, écrit le premier correspondant, war vollgepfroft mit Soldaten aller Art, Bayern und Preussen, die die echte Waffenbruderschaft miteinander verkehren. » « Überall Soldaten, écrit le second, in und vor den Wirtshäusern, dem ganz guten und billigen Elsässer Wein munter zuspren-chend und Preussen und Bayern begeistert fraternisierend. Dazwischen reiten Ordonnanzen und Feldgendarmen und unaufhörlich ziehen frische Truppen nach Süden. »

Mais les Wissembourgeois sont prostrés et peu coopératifs. « Die Einwohner, écrit l’Elberfelder Zei-tung, auf deren Gesichtern die Angst des gestrigen furchtbaren Tages sich noch liest, stehen rathlos umher, betrachten die theilweise zusammen geschossenen Dächer, deren Ziegel weithin über die Strasse verbreitet sind. Übrigens benehmen sie sich feindselig und leisten das Nötige nur mit Wi-derwillen, so dass in jeden einzelnen Fall Zwang angewendet werden muss. »

Le reporter va déjeuner à L’Ange avec des officiers bavarois et prussiens, mais est frappé par la mauvaise volonté de l’aubergiste et de son personnel : « Man bekam das Bestellte nur zögernd und mit Brummen. » Un médecin militaire bavarois, pourtant âgé et déjà grisonnant, se vit même refuser une chaise. L’ancien ministre badois des Affaires étrangères von Roggenbach dans l’uniforme des Landwehrmajors badois, s’y montra également. Il allait retrouver le Kronprinz de Prusse à son QG de Soultz-sous-Forêts.

Le correspondant de la Badische Landeszeitung ajoute : « Enzeilne Hausdächer waren von Gra-naten getroffen. Die Ziegeltrümmer bedeckten den Boden. In den Strassen rühriges militärisches Treiben, dazwischen die Einwohnerschaft geängstigt, erschrocken, kriechend höflich. Am Stadthaus steht ein starker Posten Bayern vor dem Gewehr. »¹⁷

Que sont-ils ensuite devenus ?

Après la reddition de la ville, Henri Boell, ainsi qu’il le raconte lui-même, avait été mis avec ses volontaires libres « sous une surveillance extraprussienne »⁴, expression pour le moins énigmatique. Mais comme les Prussiens et les Bavarois manquaient alors cruellement de ravitaillement, la ville de Wissembourg fut bientôt soumise à une lourde réquisition en farines, viande, riz, orge, pois, haricots, lentilles, sel, café, sucre, bière, vin, eau-de-vie, paille, tabac, cigares et bois de chauffage d’un montant total en argent de 714 400 francs ! Le sous-préfet Hepp protesta devant le QG allemand de Sarrebourg avec ses collègues de Saverne et Sarrebourg, pareillement affligés. Wissembourg obtint alors de pouvoir passer des marchés avec des négociants de Landau, Mannheim et Spire³⁵.

C’est sans doute dans ce contexte que Boell obtint alors – le 17 septembre, dit-il – un laissez-passé allemand jusqu’à Namur pour y acheter des subsistances. Mais une fois arrivé en Belgique, il bifurqua vers Le Havre, ce qui lui fit endurer en chemin « la prison à Forges-les-Eaux et le cachot à Neuchâtel ». Au Havre, il reprit aussitôt du service dans le 2e bataillon d’artillerie, aux forts de Ste-Adresse et Tourneville, qui fermaient la ville à l’ouest et au nord. Il demanda alors au député de Dieppe Louis Estancelin, que le gouvernement de Défense nationale avait nommé commandant général des quelque 4 000 gardes nationales de la Seine-inférieure, de la Manche et du Calvados, à pouvoir servir à l’état-major et aux avant-postes afin, dit-il (comme à Wissembourg) de « surprendre les vedettes prussiennes ». Mais cette défense improvisée ne parviendra pas à empêcher les Prussiens d’occuper Rouen et Le Havre.

Boell est ensuite vice-président d’un Comité de protection des Alsaciens-Lorrains au Havre, présidé par un frère cadet du député protestataire Jacques Kablé de Strasbourg. Comité autour duquel il regroupe quelque 300 jeunes Alsaciens-Lorrains qu’il a « placés pour leur conserver la nationalité française »⁴. Il rédige sa demande de Légion d’honneur sur du papier à en-tête de ce comité et la conclut en disant : « J’espère une bonne organisation militaire pour la revanche ». Un décret du 4 février 1872 du ministre de l’intérieur le nommera effectivement chevalier, titre que lui a remis le maire du Havre Ulysse Guillemard le 21 mars suivant⁴.

Nous ignorons à quelle date le notaire Édouard Gauckler avait été élu maire de Wissembourg. Il avait en tout cas encore été élu conseiller général du Bas-Rhin à la veille de la guerre, au scrutin des 11 et 16 juin 1870³⁶. Marie-Edmond Valentin, l’ancien député du Bas-Rhin, que Gambetta avait nommé préfet à Strasbourg le 5 septembre 1870, le connaissait. Il s’était donc souvenu de lui lorsqu’il entreprit de rejoindre son poste dans Strasbourg assiégé. Se faisant passer pour un journaliste américain, il avait réussi à prendre le train à Offenburg jusqu’à Karlsruhe, puis de là à rallier l’auberge de l’Ange à Wissembourg, d’où il se rendit de suite chez le maire Gauckler.

Celui-ci étant absent, il vit son père, alors alité suite à sa blessure reçue au bras lors du bombardement de Wissembourg le 4 août précédent. Le maire Gauckler et Boell (un avoué au tribunal de 1re instance de Wissembourg sans doute parent de Henri) vinrent ensuite trouver Valentin à l’Ange et promirent de lui trouver le moyen d’entrer clandestinement dans Strasbourg. Ce sera par le biais de Lange, également employé au tribunal de Wissembourg et qui comme fils de l’ancien pasteur de Schiltigheim connaissait toutes personnes susceptibles de l’aider à entrer dans Strasbourg assiégée³⁷. Il parvint ainsi à s’installer à la préfecture de Bas-Rhin le 20 septembre, à une semaine de la capitulation.

Édouard Gauckler, lui, sera encore élu député de Wissembourg en février 1871, sur la liste du maire Küss de Strasbourg lors des élections pour l’Assemblée nationale de Bordeaux. Il opta ensuite pour la nationalité française et sera conseiller municipal de Nancy, puis secrétaire général de la préfecture de Meurthe-et-Moselle avant de terminer sa carrière comme directeur de l’asile public de Cadillac (Gironde). Il décéda en avril 1900³⁸.

Le sous-préfet Edgar Hepp était le 8e fils d’un professeur de droit de la faculté de Strasbourg, docteur en droit des gens. Le 4 août, après la reddition, vers 17 heures, il lui avait appartenu de recueillir le cadavre du général Abel Douay, qui avait été tué le matin même par l’explosion accidentelle de caissons de munition. Ce cadavre lui avait été amené sur une voiture à ridelles avec d’autres blessés du Geisberg. Avant de le faire amener à la sous-préfecture, il le fit transporter, raconte-t-il, dans une pharmacie, où il espérait « trouver des ingrédients nécessaires à l’embaumement. Cette opération fut reconnue impossible à cause de l’état de la blessure. Les entrailles étaient complètement déchirées par un éclat d’obus. » Hepp fit enterrer le général le surlendemain 6 août, « au bruit de la canonnade de Froeschwiller, au milieu des solennels hommages militaires que lui rendaient les troupes allemandes. Le corps du général, dit-il encore, avait été si affreusement mutilé que son ensevelissement présenta de grandes difficultés.»³

Thiers recasa le sous-préfet Hepp en juillet 1871 comme sous-préfet de Mirecourt (Vosges), ville toujours occupée par l’armée allemande. Le 1er juillet 1873, il est nommé à la préfecture de Beau-ne (Côte d’Or), puis le 8 mai 1874 conseil de préfecture de Seine-et-Oise à Versailles, conseil dont il sera le vice-président en 1886. C’est donc à Versailles qu’il rédigea son récit, qu’il publia chez Ber-ger-Levault en 1887. Il a été décoré chevalier de la Légion d’honneur par son préfet en novembre 1887 et décéda le 1er avril 1902 à l’âge de 61 ans³⁹ ⁴º.

Quant au capitaine-adjudant Joseph-Claude Liaud, il avait pu reprendre du service après sa captivité, si bien que le 15 août 1873, lors d’une « visite de jour en face du ministère de la guerre », il chuta de son cheval, ce qui lui fractura le 5e métatarsien de son pied gauche « avec diastasis des articulations du pied ». Le 30 juillet 1878, il a été élevé à la dignité d’officier de la Légion d’honneur, alors qu’il servait à Valenciennes au 127e régiment d’infanterie de ligne, où il était lieutenant-colonel depuis février 1874. Il décéda le 19 novembre 1901 à l’âge de 78 ans¹².

Le capitaine Philibert-Alfred Quesnay de Beaurepaire, à qui l’on doit un récit de la captivité d’une nuit des officiers à l’hôtel de l’Ange, puis de leur transfert à Ingolstadt, était alors âgé de 40 ans. Né à Saumur le 21 avril 1830 d’un père substitut du procureur du roi, il était entré à l’école de Saint-Cyr début octobre 1860 pour en sortir deux ans plus tard comme sous-lieutenant au 41e RI. Il est passé lieutenant au 4e voltigeur de la garde en avril 1866 et avait fait la guerre de Crimée de vent Sébastopol au 43e de ligne. Ce qui lui procura le titre de chevalier de la Légion d’honneur en mai 1855. Il servait comme capitaine au 74e de ligne depuis le 21 juillet 1862, mais en démission-na dès son retour de captivité pour devenir maître de dessin de 1re classe à l’École Polytechnique, puisque, comme Dick de Lonlay, il illustrait lui-même ses récits de guerre. Il décrocha encore le titre d’officier de la Légion d’honneur en mai 1894 et décéda le 26 août 1898 à 68 ans⁴¹.

Le capitaine-major Charles-Louis-Joseph Lauwereyns de Roosendaël, enfin, était lui aussi âgé de 40 ans en août 1870. Mais c’est comme simple soldat qu’il s’était engagé à Lille en août 1848, au 74e de ligne, auquel il est donc resté fidèle quitté jusqu’à Wissembourg. Il y était devenu lieutenant en mai 1859 et capitaine en août 1867. Vétéran de la campagne d’Italie, il avait été blessé à la jambe droite et à la cuisse gauche le 20 mai 1859 au combat de Montebello, puis contusionné au genou droit par un « éclat de pierre » à Solferino le 24 juin suivant. En captivité jusqu’au 15 mars I871, il rallia aussitôt l’Armée de Versailles, jusqu’au 26 août suivant, pour prendre « part à la répression de la Commune de Paris » et enlever avec une poignée d’hommes les barricades du boulevard de Charonne ainsi que leurs six canons. Il est promu chevalier de la Légion d’honneur le 24 juin courant, Suite des cours de tir à Vincennes en 1873, rejoins le 129e de ligne en octobre 1873, puis le 5e de ligne comme chef de bataillon en avril 1877. Il est promu officier de la Légion d’honneur en décembre 1883 et termina sa carrière comme commandant du 237e territorial à la revue du président Carnot de 1889. Il a ensuite encore été président des vétérans du département du Nord. Il s’était marié à Saint-Omer en août 1864 et décéda à Lille le 12 avril 1905 à 75 ans. Ses obsèques dans la métropole nordiste réunirent « une affluence considérable ». Mais c’est à Meudon qu’il a été inhumé le 16 suivants dans un caveau de famille⁴² ⁴³.

Les 4 phases du bombardement de Wissembourg et du Geisberg⁴⁴.


(1) Ellenbach. (2) Paul Stroh : « La bataille de Froeschwiller, 6 août 1870 », in « Wissembourg, Froeschwiller, 1870 », Wissembourg, 1970, p. 140-148. (3) Edgar Hepp : « Wissembourg au début de l'invasion. Récit d'un sous-préfet », Berger-Levrault, 1887. Récit partiellement repris par la Revue alsacienne, nov. 1886, p. 264-271 ainsi que par Dick de Lonlay en « Appendice » dans « Français & Allemands. Histoire anecdotique de la guerre de 1870-1871 », t. 1, « Wissembourg, Froeschwiller, Niederbronn, Sedan », Garnier Frères, Paris, 1888, p. 853-864. (4) Base Léonore : LH/266/15, dossier répertorié par erreur sous le nom de « Boenn ». (5) Grenest : « L'Armée de l'Est. Relation anecdotique de la campagne de 1870-1871, d'après de nombreux témoignages oculaires et de nouveaux documents », Garnier Frères, Paris, 1895. (6) Alfred Quesnay de Beaurepaire : « De Wissembourg à Ingolstadt. Souvenirs d'un capitaine prisonnier de guerre en Bavière », Firmin-Didot, Paris, 1891.  (7) Dick de Lonlay : « Français et Alle-mands : Histoire anecdotique de la guerre de 1870-1871 », Garnier Frères, Paris, 1888, t. 1, p. 8-10 et 60. (8) Le Temps, 30 juin 1870. (9) F. Meyer, « Journal d'un curé de Lauterbourg en 1870-1871 », L'Outre-Forêt, n° 56, 1986, p. 12-40. (10) Le Constitutionnel, 31 juillet 1870. (11) Le Temps, 3 août 1870. (12) Base Léonore : LH/1636/29. (13) « Notes rédigées sous forme de rapport au colonel Robert, ancien chef d'état-major de la division Abel Douay, par le chef de bataillon Liaud du 2e bataillon du 74e de ligne, à Mersebourg le 19 octobre 1870 », in « La guerre de 1870-71. Journées des 3 et 4 août », Libr. militaire Chapelot, Paris, 1901, p. 208-217. (14) « Les anniversaires : Défense de Wissembourg par le 2e bataillon du 74e de ligne  le 4 août 1870 », par un ancien officier du 74e de ligne, colonel X..., Le Petit Parisien, supplément littéraire illustré, 3 août 1890. La dernière partie de ce récit avait déjà été publié en termes quasi identiques dans « Français et Allemands : Histoire anecdotique de la guerre de 1870-1871 », Garnier Frères, 1887, 3e édition, p. 42-49, mais dans le chapitre « Geisberg » et sans mention de provenance. (15) Général Henri Bonnal : « Froeschwiller : récit commenté des événements qui ont eu lieu... », R. Chapelot, Paris, 1899, p. 114-115 et 134. (16) Dick de Lonlay : « Examen critique et commentaires des Souvenirs de Frédéric III », Garnier Frères, Paris, 1888, 203 p. (17) Dr Georg Hirth : « Tagebuch des deutsch-franzö-sischen Krieges 1870. Eine Sammlung der wichtigeren Quellen », 1. Heft, Berlin 1870, p. 623-626, https://opacplus.bsb-muenchen.de/title/BV003757909 (18) Commandant L. Rousset : « Histoire populaire de la guerre de 1870-71 », Libr. Illustrée, Paris, 19... (19) Alfred Duquet : « Froeschwilller, 1er juin - 6 août. Guerre de 1870-1871 », Bibl. Charpentier, Paris, 1909, p. 164-165. (20) P.-A. Veling : « Une théorie morale : Wissembourg », Rambervillers, 1892.  (21) Victor-Adolphe Malte-Brun : « La France illustrée, géographie, histoire, administration », t. 6, 1881-1884, dans la notice Wissembourg. (22) Adhémar de Chalus, chef d'escadron d'artillerie : « Wissembourg, Froeschwiller, retraite sur Châlons. Guerre franco-allemande de 1870-71 », Libr. militaire Dumaine, Paris, 1882. (23) Le Cdt Rousset : « Histoire générale de la guerre franco-allemande », 1895, p. 182 et « Histoire populaire de la guerre de 1870-1871 », Libr. Illustrée, 19... (24) Cité par Robert Sabatier : « La bataille de Wissembourg, 4 août 1870 », in « Wis-sembourg, Froeschwiller, 1870 », Wissembourg, 1970, p. 11-43. Le journal de marche du capitaine Charles Lauwereyns de Roosendaël a été publié, arrangé, en 1930, par son fils Charles, avocat du barreau de Lille, sous le titre « Le drame de Wissembourg », chez Mercure universel, 1930, 216 p.

(25) Conrad Munsch : « Un pèlerinage à Wissembourg », Le Vétéran, Bull. de la Sté nationale des vétérans des armées de terre et de mer, 20 novembre 1912, donc après l'inauguration du monument du Geisberg. Conrad Munsch avait été notaire à Stenay avant de se fixer comme avocat à Versailles, 31 rue de Beauvau, où il s'est également investi comme adjoint au maire ainsi que dans les sociétés savantes de Seine-et-Oise. (26) Cité par Robert Sabatier : « La bataille de Wissembourg, 4 août 1870 », in « Wissembourg, Froeschwiller, 1870 », Wissembourg, 1970, p. 11-43. Le journal de marche du capitaine Charles de Lauwereyns de Roosendaël a été publié, arrangé, en 1930 par son fils Charles, avocat du barreau de Lille, sous le titre « Le drame de Wissembourg », chez Mercure universel, 1930, 216 p. (27) Général Ambert : « Gaulois et Germains. Récits militaires. L'invasion 1870 », ouvrage couronné par l'Académie française, Libr. Bloud et Barral, Paris, 1883, p. 25. (28) Louis Noir et Louis Sacré : « Histoire de l'invasion. Wis-sembourg, Forbach, Reichshoffen... », Claverie, Paris, 1875, p. 96. (29) Frédéric III, Empereur d'Allemagne : « Journal de guerre, 1870-1871 », Payot, Paris, 1929, p. 39. (30) Kaiser Friedrich III. : « Das Kriegstagebuch von 1870/71 », Koehler Verlag, Ber-lin-Leipzig, 1926, p. 28. (31) Le Temps, 13 août 1870. (32) Robert Sabatier, op. cit. en note 26. (33) Paul Stroh : « Wissembourg face à l'envahisseur », Alsace historique, n° 4, avril 1977, p. 127-131. (34) Adeloch. (35) Le Temps, 16 août 1912. (36) Le Temps, 14 juin 1870. (37) Lucien Delabrousse : « Un héros de la défense nationale. Valentin et les derniers jours du siège de Strasbourg », Berger-Levrault, Paris-Nancy, 1898. (38) Le Temps, 18 avril 1900. (39) Gallica. (40) Base Léonore : LH/1289/2. (41) Base Léonore : LH/2247/37. (42) Le Vétéran, 30 avril 1905. (43) Base Léonore : LH/1504/8. (44) R. Gasselin, capitaine d'artillerie : « L'artillerie allemande dans les combats de Wissembourg et de Woerth », Berger-Levrault, Paris-Nancy, 1877, 61 p, d'après des ouvrages allemands.

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