Archives : Le Roi-Soleil, l’ennemi de l’Alsace!

Article paru dans Heb'di du mois d'octobre 2014

L’Alsace est aujourd’hui menacée de disparition parce que le gouvernement français veut la rayer de la carte.
Dans son histoire, il est déjà arrivé que le peuple alsacien soit menacé de disparition. Par malchance, l’Alsace se trouvait au milieu de l’Europe ; donc en cas de conflit, elle était bien mal placée, située dans le couloir rhénan et mal protégée par les Vosges et la Forêt-Noire.

La guerre des paysans en 1525, la guerre de Trente Ans, les deux guerres mondiales… Seule l’Union européenne, grâce à la longue période de paix qui s’est instaurée après 1945, a permis au peuple alsacien de vivre en sécurité. La sécurité physique dont nous profitons peut cependant cacher d’autres maux : la perte de l’identité par la perte de la langue et l’oubli de l’Histoire, et maintenant l’assimilation à un vaste territoire technocratique comme le Grand Est.
L’historien Georges Bischoff a pu écrire que la guerre de Trente Ans avait été une chance pour l’Alsace. Cette phrase est très maladroite, mais il s’était mal exprimé. Il voulait dire que la fin de cette guerre, en 1648, avait été une chance, car elle avait permis à l’Alsace de devenir française et de connaître une longue période de paix. (Du moins, il faudrait l’interpréter ainsi).
Mais il oubliait que le règne de Louis XIV, qui ne faisait que commencer en 1648, allait apporter d’autres calamités.

Après 1648, malgré le traité de Munster qui les rattache au royaume, les villes d’Alsace de la Décapole, et plus encore Strassburg, restent fidèles à l’empereur d’Allemagne, qui siège à Vienne, et se comportent comme elles l’ont toujours fait, de manière indépendante. Par exemple, elles continuent à envoyer des délégués aux assemblées du Saint-Empire.
Le monarque absolu ne peut tolérer un tel comportement. Dans les années 1670, la punition se prépare. Son haut fonctionnaire en poste en Alsace, l’intendant Jacques de la Grange, écrit que « L’autorité du roy va se perdre absolument en Alsace ». La guerre de Hollande, entre lui et l’empereur, donne au roi l’occasion d’intervenir en Alsace.
D’abord, le pont de Kehl est détruit par une troupe du prince de Condé, pour empêcher les impériaux de passer. Puis, le roi vient lui-même en Alsace par le col de Sainte-Marie, avec 7000 fantassins et 1200 cavaliers. Un détachement français entre par surprise dans Colmar. Le ministre de la guerre Louvois entre à son tour. Les Français découvrent un énorme arsenal, ils accusent les Colmariens d’avoir de mauvaises intentions !
Les Colmariens doivent raser leurs remparts, une humiliation suprême. Une guerre civile s’en suit, entre le conseil de la ville et ses opposants qui les accusent de trahison. Puis, les autres villes de la Décapole doivent faire de même. Là s’arrête vraiment l’indépendance des villes d’Alsace. L’une d’elles, Seltz, est complètement rasée en 1674.
Mais les impériaux reconstruisent le pont de Kehl. Certaines villes réparent leurs remparts, et espèrent l’arrivée de l’empereur. Il ne viendra jamais, car le roi de France a fait alliance avec les Turcs ottomans, qui lancent des attaques sur Vienne depuis la Hongrie.
Louis XIV envoie le maréchal de Turenne en 1675. Brillant stratège, l’Auvergnat livre une bataille à Entzheim, puis repasse les Vosges. Alors qu’on le croit parti, il reparaît plus au sud et déboule devant Turckheim. Là, il livre bataille et défait les Brandebourgeois. Mais la ville, qui a pactisé avec les impériaux, est investie, pillée, la population massacrée pendant trois jours. Le curé Johannes Reyer, un survivant, a consigné par écrit les horreurs qu’il a vues, qui dépassent l’entendement. Pour cette brillante victoire et malgré ce comportement génocidaire, un obélisque sera érigé en l’honneur de Turenne sur place, mais oui, à Turckheim, après 1918, au retour des Français. Plastiqué en 1975 par les Loups noirs, il sera reconstruit par la suite.

Fränzi Waag

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3 réactions à "Archives : Le roi soleil, l’ennemi de l’Alsace !"

  1. Paulus a commenté:

    Je m’étonne que les les Turckheimois et les Turckheimoises
    ne revendiquent pas le ”déboulonnage” de l’obélisque.
    Ils pourraient se prévaloir d’être progressistes et dans l’air du temps.

  2. Jean a commenté:

    Et le mépris de l’Alsace par les instances parisienne a été une constante depuis Louis XIV:
    -la révolution de 1789 qui a détruit nombre d’églises et autres édifices chrétiens en Alsace en plus des horreurs de la Terreur.
    -la guerre franco-prussienne de 1870 ou la non-invasion de Paris a eu pour récompense la cession de l’Alsace-Moselle à l’empire. Le tout voté à Bordeaux par l’intégralité des députés (sauf les quelques députés Alsaciens). L’Alsace perdue ressemble bien plus à la “vente” de l’Alsace
    -la guerre de 14-18 et celle de 39-45 ou nos “libérateurs” nous ont traité de la moins élégante façon qui soit
    -le TGV Paris-Strasbourg que l’Alsace a payé après 25 ans d’attente et largement après les autres
    -l’Alsace, 3ième contributeur d’impôts de France est maintenant englouti dans le grotesque Grand Est
    Tous comptes faits, que nous a apporté la grande Nation depuis 1648?
    Il est grand temps d’enfin comprendre que notre seule issue est de devenir indépendant de cette grande dévoreuse! L’Alsace sans la France serait sans doute au niveau de la Suisse ou du Luxembourg!!!

  3. Emmanuel a commenté:

    Notre malchance: un système bien plus démocratique ( on s’entend au 16_17 e siècle) que les royautés environnantes.
    Si nous avions eu un prince un duc ou un comte il aurait négocié et préservé auprès de ses pairs , roi de France et de Prusse l’indépendance.Mais le sentiment de liberté est le plus fort chez les alsaciens.