Pour une Alsace en Rot un Wiss !

Dans les prochaines semaines, les 80 conseillers d’Alsace qui forment l’assemblée de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) vont devoir adopter son logo, son drapeau et le marqueur de la plaque d’immatriculation. Loin d’être anodins, ces choix illustreront l’ambition politique de la CeA, notamment quant à la perspective de sortie du Grand Est.

Il faut avant tout se souvenir que la Collectivité européenne d’Alsace a été créée par la loi n°2019-816 du 2 août 2019, entrée en application au 1er janvier 2021, pour tenter de désamorcer la très forte opposition des Alsaciens à la fusion au sein de la région Grand Est, imposée en 2015. Une opposition qui s’est notamment traduite politiquement par le score historiquement élevé du parti autonomiste Unser Land aux élections qui suivirent et qui s’est confirmée avec celles de candidats régionalistes aux municipales de 2020, comme à Strasbourg, Colmar et dans de nombreuses autres communes. Une opposition qui ne faiblit pas, puisque 83 % des Alsaciens continuent d’exiger la sortie de l’Alsace du Grand Est.

Rot un Wiss (rouge et blanc), les couleurs historiques de l’Alsace, adoptées spontanément par le peuple et dans lesquelles il se reconnait encore aujourd’hui

 

Comme toute organisation, la CeA doit se doter d’une identité visuelle qui met en image ce qu’elle est et ce qu’elle veut être. Une identité visuelle n’est jamais neutre : elle illustre des valeurs, un positionnement, une ambition.

Parmi les visuels légitimes figurent le Rot un Wiss – le drapeau rouge et blanc, couleurs historiques de l’Alsace – et, dans une moindre mesure, son blason, issu de la juxtaposition (blason administratif, crée en 1948 par les préfets du Bas-Rhin et du Haut-Rhin) ou de la fusion des armoiries des landgraviats de Basse et de Haute-Alsace.

 

Blason administratif dit « juxtaposé » crée en 1948

 

Blason dit « fusionné », choisit en 2009 comme identifiant sur les plaques d’immatriculation

 

Alors qu’il est question, comme l’y autorise la loi du 2 août 2019, de déterminer le marqueur territorial sur les plaques d’immatriculation, voilà que les conseils départementaux soumettent tout d’un coup la marque « A » – également dénommée Acoeur – lors d’une « consultation » qui s’est déroulée du 31 septembre 2020 au 1er novembre 2020. En réalité, un simple sondage auquel ne répondront que 3 % des Alsaciens : ils seront 56,55 % à ne pas choisir l’Acoeur !

 

La marque « A », aussi appelé « Acoeur », un logo commercial inventé par une agence parisienne

 

La marque « Alsace » ; ces deux marques sont la propriété de la Région Grand Est

 

Qu’à cela ne tienne : lors de sa séance du 20 novembre 2020, le conseil départemental du Haut-Rhin adoptera à l’unanimité l’Acoeur comme marqueur de la plaque d’immatriculation. Sauf que la question ne sera pas débattue au conseil départemental du Bas-Rhin, ce qui fera ainsi échouer cette tentative de passage en force. A ce jour, le choix du marqueur est donc toujours en suspens et relève désormais des conseillers d’Alsace.

La marque A/Acoeur , un logo hors-sol, propriété du… Grand Est !

La marque A/Acoeur résulte d’une commande, passée (et financée) par l’ex-région Alsace en 2012 à une agence de communication parisienne, pour créer un logo destiné à valoriser les produits et services alsaciens : de l’immobilier à la coiffure, en passant par la pétrochimie et la charcuterie. Une sorte de « logo-chapeau » pour capitaliser une publicité collective des produits et services alsaciens. La chose est plutôt bien vue. Ladite marque et sa déclinaison – la marque « Alsace » – sont immédiatement déposées à l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi, sous les numéros 10836534 et 10836492[1]) pour toute l’Europe et pour tous les secteurs. Marque partagée gérée par l’Agence de développement d’Alsace (Adira[2]), n’importe quel organisme peut, gratuitement, utiliser la marque Alsace/Acoeur sur simple demande[3]. Ainsi va-t-il fleurir sur les emballages de tartes flambées surgelées, de Brezel apéritives et des pots de confiture…

Sauf qu’avec la disparition de la région Alsace lors de la fusion de 2015, la propriété des marques « A » et « Alsace » est transférée à… l’Agence régionale de tourisme de la région Grand Est, un établissement 100% Région Grand Est !

Autrement dit, ces visuels que certains tentent d’imposer aux Alsaciens, non seulement sont une pure création hors-sol, née de l’imaginaire de graphistes parisiens mais ils ne leur appartiennent même pas ! Le savent-ils seulement ? Rien n’est moins sûr, d’autant qu’aucun support – site web, plaquette ni même le contrat de licence – ne le mentionne. Voudrait-on cacher cette réalité aux Alsaciens qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Si l’Acoeur doit symboliser la renaissance de l’Alsace, c’est raté ! C’est même tout le contraire : comment la Collectivité européenne d’Alsace peut-être prétendre gérer son image, alors qu’elle n’en est même pas propriétaire ?

L’Acoeur, la Brezel qui menotte l’Alsace !

 

Non contente de transformer chaque Alsacien en panneau publicitaire – rappelons que l’objet de la marque A/Acoeur est avant tout commercial – il va même à l’encontre de la Charte européenne de l’autonomie locale, adoptée par le Congrès des pouvoirs régionaux et locaux du Conseil de l’Europe et ratifiée par la France. En effet, le propriétaire des marques A/Acoeur et Alsace – la région Grand Est – dispose d’un moyen de pression considérable sur la Collectivité européenne d’Alsace puisqu’il peut, à tout moment, lui en retirer l’utilisation.

L’Alsace, c’est le Rot un Wiss !

En réalité, que dit ce choix de l’Acoeur, plutôt que du Rot un Wiss ?

D’abord, une méconnaissance des Alsaciens de leur propre histoire, issue de 150 ans de frelatage (lire le dossier Heb’di Vivre l’Alsace n°116 – novembre 2020) qui les a conduits à réduire le Rot un Wiss aux seuls mouvements autonomistes. Quand on sait, par ailleurs, l’étiquette qui leur est collée dans le dos depuis 1918, simplement parce qu’ils défendent leur culture germanique – et justement à cause de cela ! – l’affaire est vite pliée !

Ensuite et corrélativement, une honte des Alsaciens à revendiquer leur culture germanique. L’abjecte équation « Alsacien = Allemand = nazi », distillée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’est profondément ancrée dans l’inconscient collectif. A cet égard, l’on peut se demander comment la Collectivité européenne d’Alsace compte donner envie aux jeunes générations de se réapproprier la langue allemande sur de telles bases d’antibochisme ordinaire (lire l’article d’Unsri Gschìcht page XX).

La marque Alsace, c’est enfin l’image d’une Alsace marketing, chouette et sympathique, réduite à l’image de Hansi et aux 5C – cathédrale, colombage, cigogne, choucroute et coiffe – mais sans âme totalement décérébrée – ça geht ? Mes schlaps et des brédeuleux – et acculturée. Bref, une Alsace enfin et définitivement dégermanisée, dont la langue est devenue « celle du voisin ».

Est-ce cela, le projet de la Collectivité européenne d’Alsace ?

L’Alsace aurait-elle à ce point honte d’elle-même, jusqu’à être la seule collectivité française à nier ses couleurs historiques et légitimes, témoins de sa culture multiséculaire au profit d’une marque hors-sol, inventée par des graphistes parisiens et appartenant à la région Grand Est ?

Sérieux ?

Elsässer, wo ist unser Stolz Elsässer zu sein?

Sollen wir uns über unsere Kultur immer weiter schämen?

Und ein Lied in das eigene Grab singen?

Ist das Bandele es wirklich wert?

Kopf hoch, Elsässer : unsere Farben sind Rot un Wiss!

Alsaciens, où est notre fierté d’être Alsaciens ?

Devons-nous toujours être honteux de notre culture ?

Et chanter une chanson dans notre propre tombe ?

Le petit ruban en vaut-il vraiment la peine ?

Relèvez la tête, Alsaciens : nos couleurs sont Rot un Wiss !

 

Le Collectif Rot un Wiss

www.rotunwiss.alsace

  1. Voir les notices détaillées sur https://bases-marques.inpi.fr/
  2. https://www.adira.com/

  3. https://www.marque.alsace/devenir-partenaire-de-la-marque

 

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Une réaction à "Pour une Alsace en Rot un Wiss !"

  1. Jean a commenté:

    1-la bretzel est le logo/enseigne de la boulangerie en Bavière, Autriche, Suisse, Wurtemberg et…Alsace!
    2-aucun de ces pays ou Länder n’a jamais songé à mettre la bretzel sur leur drapeau national. En Bavière c’est le bleu et blanc, en Wurtemberg c’est le jaune et noir etc…
    Le logo commercial Acoeur est certes mignon en application commerciale mais ne peut en aucun cas représenter une région, une culture, une histoire. A ce compte-là pourquoi ne pas mettre la choucroute sur notre drapeau? C’est un peu comme si les Américains mettaient le petit bonhomme Mc Donald sur leur drapeau!!!!
    Je désespère de mes compatriotes Alsaciens qui, à force de se coucher et de subir le diktat parisien, abandonnent toute fierté et surtout renient tout ce qui fait notre identité.