28 Juin 2014, des élus manifestent contre la réforme territoriale à Colmar et Strasbourg, sous la bannière « Non à la fusion -Touche pas à l’Alsace ». À l’origine des étudiants, des militants et cadres LR, des inconnus aussi. Stéphane Bourhis en est à l’un des initiateurs. Au lendemain du vote de la Collectivité européenne d’Alsace par l’Assemblée nationale, nous revenons 5 ans en arrière.

Heb’di : 5 ans déjà, c’était quoi cette manifestation ?

Stéphane Bourhis : Le vrai premier pas ! C’était la première manifestation, organisée à Strasbourg, à Colmar contre la réforme territoriale et ce qui n’était pas encore le Grand Est. Elle est née d’une volonté de cadres LR, mais aussi d’étudiants autour de la notion de résistance et de refus de voir l’Alsace fusionnée de force.

Fusionnée de force !

On avait choisi deux lieux pour respecter aussi les uns et les autres, bas et haut-rhinois.

Heb’di : Nous étions, nous, du côté de la cathédrale et l’une des spécificités de cette manifestation fut de donner la parole à tout le monde…

Stéphane Bourhis : Presque, mais oui, il fallait que des opinions venues de structures différentes s’expriment. Il y eut des centristes, des régionalistes. J’ai souvenir des interventions de Jean-Philippe Maurer (Conseiller départemental), d’Andrée Munchenbach et de la présence d’élus et de personnalités alsacienne. À Colmar, il y eut Yves Hemendinger…

Le principe voulu était la liberté de « penser » …

Heb’di  : On ne peut pas dire que la manifestation fut bien accueillie par les médias… De la rancœur ?

Stéphane Bourhis : Oui, il y eut des articles à charge. Une personne bien informée m’a même parlé d’une « commande » parce que cette manifestation dérangeait. Je n’avais pas vu cela depuis longtemps. Mais nous avons tenu bon…

Cette manifestation fut la première et elle donna à d’autres le courage de manifester…

Quant à moi, je ne regrette rien ! Là, je pourrais même chanter Piaf : « Non, rien de rien. Non, je ne regrette rien. Ni le bien qu’on m’a fait. Ni le mal. Tout ça m’est bien égal… »

Seule comptait l’Alsace…

Heb’di : En général, lorsque l’on prend une telle initiative, on s’attend à un retour pour soi-même non ?

Stéphane Bourhis : seule comptait l’Alsace… Seule compte l’Alsace ! Si j’avais dû dans ma vie politique « ne penser qu’à ma gueule », je serais sans doute plus riche, mais j’aurais du mal à me regarder sans une glace. Seule compte l’Alsace ! Je persiste et signe.

On a tué l’Alsace en tant que région…

Heb’di : Cinq ans après, un ressenti ?

Stéphane Bourhis : Oui, une amertume. On a tué l’Alsace en tant que région. Depuis, certains profitent du Grand Est, mais sont encore plus aveugles qu’à l’époque. Ils n’ont pas voulu voir que plus de 80 % des Alsaciens allaient « discrètement » se ranger du côté de l’Alsace, rejeter une partie des partis, mais sans forcément adhérer à d’autres.

Cette collectivité européenne d’Alsace

Heb’di : Puis arrive le CeA, cette collectivité européenne d’Alsace qui …

Stéphane Bourhis : J’ai eu l’occasion de rencontrer Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry. Je comprends leur attachement à cette CeA. Je pense qu’il fallait cranter, mais que les compétences accordées à ce super département sont naturellement insuffisantes. Il fallait obtenir dès le départ, le retour de quelques compétences régionales.

Heb’di : Il fallait revenir à l’Alsace ? On dénonce la mollesse des élus alsaciens.

Stéphane Bourhis : Il faudra, oui, aller vers une Alsace nouvelle, mais la majorité Agir-Modem-Lrem ne l’a pas voulu. En République, c’est la majorité qui décide. J’ai vu une partie de nos sénateurs et députés monter au feu, mais se faire rabrouer par d’autres élus alsaciens.

J’entends que l’on aurait dû faire ceci ou cela… Demander l’impossible.

Il faut rappeler non sans humour que la plus grande manifestation pour l’Alsace fut celle de la Place de Bordeaux, organisée par Philippe Richert. Depuis de nombreuses personnes qui étaient montées à la tribune sont revenues sur leurs engagements.

Ceux-là, c’est à chaque citoyen de les interpeller et de leur évoquer leur désir d’Alsace, leur amour de l’Alsace…

Mais depuis, des élus ont été renouvelés aussi et les électeurs ont élus députés de nombreuses personnalités favorables à Grand Est et à cette réforme en marche. L’électeur décide en démocratie.

Tiens, il y a par exemple, de nombreux électeurs de la France Insoumise en Alsace, que pensent-ils lorsque Jean-Luc Mélenchon déclare « vote écœurant de la majorité des députés en faveur d’une loi de +différenciation+ de l’Alsace ». Il rajoute, « c’était bien la peine » ! S’il pense à ce que je crois lire, il insulte des générations d’Alsaciens tombés lors de guerres aussi horribles que fratricides… Mais la notion de peuples d’Europe doit lui être étrangère.

L’Alsace reviendra

Heb’di : La CeA est insuffisante, non ?

Stéphane Bourhis : Bien entendu ! Si l’on doit se réjouir du retour de la notion d’Alsace, on ne peut se réjouir de n’avoir en fait qu’un super département ! On y rajoute le transfrontalier dont on n’a rien depuis des années et le bilinguisme qui est en partie en panne depuis des lustres malgré les engagements héroïques d’associations locales. Un clin d’œil à ce que pousse Thierry Kranzer, alsacien d’ici et du monde, aux initiatives de Pierre Klein et de la Fédération Alsace Bilingue

Heb’di : Et maintenant ?

Stéphane Bourhis : Pour moi, rien ne change fondamentalement. Il va falloir reconquérir tout ce qui permettra à l’Alsace de devenir une région pleine et entière et souhaiter que cela se passe le plus vite possible. D’autres initiatives, d’autres associations sont à soutenir. Je pense au CPA, à l’ICA, à ce que fit Laurent Furst, au Mouvement pour l’Alsace… Comment ne pas saluer les gestes de Georges Schuler à la région et le groupe « Alsace et Territoires » maltraité par Jean Rottner ?

Le « mouvement » en faveur de l’Alsace doit s’exprimer, s’amplifier, de la revendication politique à la liberté de manger local, du club sportif au stammtisch du bilinguisme au fait de se sentir et de se revendiquer d’Alsace… On peut aimer l’Alsace et agir pour l’Alsace sans parler alsacien…

Il ne faudra exclure personne et se dire que « tout ce qui est alsacien est nôtre ».

Je n’en doute pas, l’Alsace reviendra !  Maintenant, il faut qu’elle soit incarnée… J’espère que des jeunes vont aussi s’emparer du « rot un wiss » pour le faire flotter partout !

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