Christophe Kieffer a longtemps été directeur de cabinet de Phillipe Richert à la région Alsace puis au Grand Est et est maintenant directeur de cabinet de Jean Rottner. Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur fin 2017.

Il y a une semaine, nous avions dénoncé les paroles du directeur de cabinet envers la conseillère régionale Vanessa Wagner : « tu n’es qu’une merde, tu n’es qu’une pétasse innommable…»

La presse régionale parfaitement au fait de ce dérapage avait jusque-là étouffé l’affaire.

Où sont les féministes ?

On s’étonne du manque de réaction des féministes et de la classe politique en générale, toujours prêtes à bondir à la moindre parole désobligeante.

Il est vrai que, comme nous l’avions écrit, nombre d’élu-e-s du conseil régional préfèrent privilégier leur carrière au combat pour la cause et il paraît de surcroît que Christophe Kieffer sait tout sur tout le monde… Est-ce là la raison du silence ?

Dans un mail (que nous reproduisons intégralement ci-dessous) Catherine Vierling, Conseillère Régionale Moselle Sud, réagit :

“ Bonjour,

J’ai fait partie des témoins directs d’une situation extrêmement choquante et inacceptable et voici ce qui s’est réellement passé.

Le contexte est celui de l’analyse d’un rapport sur la ruralité. La réunion à laquelle plusieurs d’entre nous ont été convoqués par Valérie Debord dans le bureau de Christophe Kieffer à la dernière minute faisait suite à un mail de 4 co-signataires avec Vanessa Wagner. Ce mail proposait des modifications sur le rapport en question.

Les violences verbales dont Vanessa a fait l’objet et les injures (dont entre autres… « tu n’es qu’une merde, tu n’es qu’une pétasse innommable…») qu’elle a reçues, lui ont été adressées dès son arrivée dans le bureau par Christophe Kieffer. Vanessa n’avait même pas prononcé un mot et nous étions tous et toutes extrêmement choquées. La réunion ruralité a tout de même pu commencer avec Denise Buhl, co-signataire du mail, Valérie Debord (présidente de la composante LR de la majorité), Catherine Baillot (présidente de la composante MODEM de la majorité), Franck Leroy (auteur du rapport) et André Boucher (CR de Boulay, en zone rurale), et moi-même (sur mes 230 communes de Moselle Sud, 191 ont moins de 500 habitants) présidée par Christophe Kieffer.

La réaction de Vanessa Wagner était calme ; tout en hochant la tête négativement, elle demandait à plusieurs reprises des excuses, sans succès.

Dans un deuxième temps, le Président Jean Rottner s’est joint à la réunion, dont le sujet était la ruralité et les nouveaux budgets alloués aux petites communes, et toujours en présence de ces témoins, Vanessa a été menacée par Christophe Kieffer (“Tu vas voir, je vais parler de choses que je sais, si tu continues, tu ferais bien de te méfier si tu continues”) et calomniée. Au cours de cet échange, Jean Rottner est intervenu pour proposer à Vanessa Wagner de créer un groupe “agir”, initiative à laquelle il a dit qu’il ne se serait pas opposé.

Ayant assisté à ces scènes invraisemblables, je peux vous assurer qu’il n’y avait donc aucun échange franc et musclé entre deux élus mais il s’agissait clairement et à plusieurs reprises d’agressions caractérisées et ciblées envers une Conseillère régionale.

Les comportements violents et les insultes sexistes sont à bannir de nos fonctionnements si nous voulons vraiment pouvoir nous regarder dans une glace quand nous nous disons que nous sommes « formidables ».

La cohésion d’un collectif, quel qu’il soit, commence par des modes de communication interpersonnels respectueux. Banaliser les dérapages et minimiser leurs conséquences contribuent à assurer l’impunité de ceux qui les commettent.

Les femmes en sont souvent les premières victimes et cela va au-delà d’un simple sujet «d’actualité».

La dignité et l’autorité d’une institution républicaine que nous aimons et à laquelle nous croyons, telle que celle que nous représentons tous et toutes, sont en jeu.

C’est ce que à quoi chaque élu et chaque élue devrait penser en priorité.

Ceci, surtout lorsque par ailleurs je côtoie des élus qui font un travail remarquable sur le terrain au service de nos territoires et nous ne saurions jamais assez apprécier tous ces efforts.

C’est cet élan qui nous avait amené, dans l’esprit de la liste “unissons nos énergies”, à créer, en plein accord avec le Président Rottner, un groupe composante de la majorité, apolitique, uniquement basé sur notre volonté de travailler pour nos territoires, de manière opérationnelle, utilisant la composante de la société civile, des socioprofessionnels et des non inscrits politiquement parlant, reconnus pour leur expertise de terrain, dont les ruraux, pour renforcer la majorité par leur expertise.

Cette création s’est faite suite aux entretiens des co-signataires avec Jean Rottner.

Elle ne saurait justifier aucune forme de violence et pour vous en donner toute la substance veuillez trouver ci-dessous le courrier électronique envoyé par Vanessa Wagner aux collègues femmes élues auquel je me suis associée immédiatement.

Dr Catherine VIERLING

MO, MA, MBA

Conseillère Régionale Moselle Sud ”

(…)

“Mesdames, Chères Élues, Chères Amies,

Depuis 2 jours, plusieurs d’entre vous me contactent à la suite d’un incident dont j’ai été la victime lundi 12 mars.

Je souhaite donc partager avec vous toutes les faits et vous livrer quelques réflexions. J’ajoute d’ores et déjà que Notre Président est parfaitement informé de la situation puisque présent en partie lors de l’agression verbale dont j’ai été victime de la part de Christophe Kieffer, Directeur de cabinet de la région.

Lundi 12 mars vers 15h30, à l’occasion d’une réunion impromptue sur le sujet de la ruralité, j’ai été agressée verbalement à plusieurs reprises par le Directeur de Cabinet de la Région, Monsieur Christophe Kieffer.

Étaient présents à cette réunion : Valérie Debord, Vice-Présidente, André Boucher, Conseiller régional, Franck Leroy, Conseiller régional chargé de l’aménagement du territoire, Catherine Baillot Vice-Présidente, Denise Buhl, Conseillère Régionale, Catherine Vierling, Conseillère régionale.

A peine entrée dans le bureau de Monsieur KIEFFER devant tous les élus présents, porte grande ouverte avec de nombreuses personnes dans les couloirs sans avoir même eu le temps de dire bonjour, Monsieur Christophe Kieffer m’a agressée et injuriée dans les termes suivants :

“Toi je ne veux pas te parler.”

“Tu n’es qu’une pétasse innommable “

“Une fouteuse de merde”

“Tu n’es rien”

Il a poursuivi par des menaces à mon encontre :

“Tu vas voir, je vais parler de choses que je sais, si tu continues, tu ferais bien de te méfier si tu continues, il y a des choses qui vont sortir.”

Je suis restée très calme, lui ai fait remarquer que son comportement était intolérable et lui ai demandé des excuses. Ce qu’il n’a pas fait.

La réunion s’est poursuivie en ma présence sur des sujets politiques, jusqu’à ce que Jean Rottner la rejoigne vers (17 heure) J’ai alors pris la parole et lui ai expliqué ce qui s’était passé en début de réunion et indiquant que je ne comptais pas en rester là et que je demandais des excuses.

Monsieur Kieffer m’a alors interrompue :

“J’aurais dû commencer par te dire combien je te méprise.”

” Tu ne comprends rien, tu as foutu la merde en te présentant aux législatives, tu as extorqué l’UDI et Richert pour te payer ta campagne.”

J’ai répondu (toujours calmement) que ma campagne avait été payée par mes deniers personnels et que ni l’UDI, ni Philippe Richert ne m’avaient donné un euro. J’ai ajouté que ces propos étaient donc calomnieux.

Après la réunion (18h15), j’ai voulu parler à J. Rottner en privé afin de comprendre quelles suites il comptait donner au comportement inadmissible de Monsieur Christophe Kieffer. Valérie debord est allée chercher le président et est revenue en m’indiquant que Jean souhaitait le voir avant de s’entretenir avec moi.

Hier matin, mardi 13 mars,(10h30) je me suis entretenue avec Jean Rottner qui souhaite “calmer le jeu”. Je lui ai répondu qu’il ne s’agissait pas de calmer le jeu mais de faire en sorte que Monsieur Kieffer non seulement me présente des excuses officielles, mais également ne réitère plus ces comportements, ni envers moi ni envers aucune des élues ou personnel administratif de la Région.

En tant que Président de la Réunion Grand Est, il est de son devoir et de sa responsabilité juridique de protéger élus et personnel administratif contre les agressions et tentatives d’intimidation venant de Monsieur Kieffer. Je lui ai rappelé que les injures sexistes, les menaces et les propos diffamatoires sont réprimés par la loi.

Pour ma part, je compte déposer une main courante rapidement. Monsieur Kieffer a visiblement décidé de me nuire et je dois me protéger de tentatives d’agressions futures, verbales ou autres.

En parallèle, j’ai demandé par écrit à Jean Rottner de prendre les mesures nécessaires, en conformité avec la loi et en accord les valeurs républicaines et humanistes que nous partageons.

J’ajoute que le fait que Monsieur Kieffer se sente libre d’agir de la sorte, notamment en sa présence et celles d’autres élus, notamment des Vice-Président de la Région, révèle à quel point son autorité et celle de l’institution ne sont plus respectées.

Je remercie les élues présentes lors de cet événement douloureux qui m’ont témoigné leur soutien et leur empathie, en toute solidarité et humanité. Cela m’a fait beaucoup de bien.

En tant qu’élues, nous avons une responsabilité : celle de ne pas nous laisser faire. Quand on est la victime de tels comportements, aussi violents, il est parfois plus simple de les ignorer. Mais ce faisant, nous tolérons l’intolérable. Les initiatives récentes de femmes sur les réseaux sociaux doivent nous inspirer pour agir là où nous sommes victimes au quotidien. L’impunité est un poison qui nous tue lentement et atteint notre dignité car rien ne justifie rien un tel comportement.

Il est grand temps d’en finir avec les comportements sexistes et la violence psychologique au sein de notre institution.

Je vous invite à me contacter pour échanger à ce sujet.

Vanessa Wagner

Conseillère Régionale Grand Est ”

On attend naturellement la nouvelle réaction de Valérie Debord, d’Elsa Schalck et de Lilla Merabet … Solidaires de Kieffer ou solidaires de Wagner ?

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Une réaction à "Affaire Kieffer : «Tu n’es qu’une merde, tu n’es qu’une pétasse innommable…» Que fait Jean Rottner ?"

  1. Un utilisateur a commenté:

    […] Président du Grand Est, est plongé dans les divisions au sein de la majorité régionale suite aux insultes sexistes dont est accusé son chef de Cabinet, c’est au tour de son ancien directeur de cabinet de créer une polémique en s’en […]