A tout seigneur, tout honneur : le menuisier !

Jean : Un jour, j’ai décidé de remplacer plusieurs volets qui avaient derrière eux pas loin d’un siècle de bons et loyaux services. Demande de devis, passation de la commande avec la mention « remplacement à l’identique ». Je parlais des volets, mais l’artisan a interprété la consigne à sa façon : le jour de la pose, le temps de dire « ouf ! » et un coup de meuleuse d’angle avait mis bas toute la ferronnerie originale, (y compris toutes les bergères qui avaient pourtant franchi le siècle sans prendre une ride!) et de nouvelles (im)posées avec une sorte de marteau pneumatique. Vous allez me dire : « Pourquoi se plaindre ? Après tout, c’est du matériel neuf ! Certes, c’est du neuf, mais en matière de quincaillerie, malheureusement ce neuf était loin de valoir l’ancien ! »

Pourquoi cela  ? Parce que c’était plus simple pour l’artisan… vous comprenez s’il faut commencer à adapter sur place la fixation des volets aux fenêtres c’est aléatoire, c’est trop de travail – donc de temps et d’argent perdus pour l’artisan-, tandis que fabriquer son volet et lui adapter la fenêtre… La qualité du travail, c’est une autre question.

D’ailleurs, quelques semaines plus tard, les conséquences du choix de l’artisan devaient se faire sentir : le volet mal posé générait des tensions dans la ferronnerie nouvelle, celles-ci se répercutaient à l’intérieur du tour de fenêtre, dont le grès a fini par céder en partie. Réclamation auprès de l’artisan : un ouvrier est passé pour recoller les éclats de grès « sans que ça se voie trop » ! Si, maintenant on colle la pierre. Mais la confiance, elle, a éclaté en même temps et n’a pas été recollée !

D’après ce que nous avons compris, l’ouvrier délégué était le « compétent », le sous-off qu’on envoie pour tenter de rattraper les inévitables bavures de la piétaille ! Attention, je n’ai aucun mépris pour ces derniers ; je me dis que mieux formés, en leur donnant le temps de bien faire, peut-être aussi mieux traités (payés…), le résultat pourrait être différent.

Je vous rassure, l’affaire n’en est pas restée là. Non, non, je n’ai pas poursuivi, j’ai laissé tomber. Comme font la plupart des gens. Ça semble long, compliqué et coûteux… Non, c’est tout autre chose : dans les mois qui ont suivi, on a vu apparaître à la surface des volets plein de minuscules gouttes opaques : c’était de la sève. Oui, le bois utilisé n’était pas sec et la sève avait ressué à travers la peinture. Ce qu’on a fait ? On a attendu, puis on a poncé et repeint…

Pourtant sa facture a été réglée immédiatement… Et avec du bon argent.

Merci monsieur le menuisier ! Merci !

 

Le chauffagiste !

Charles : Ce n’est pas d’hier, mais il y a quelques années, j’ai décidé de remplacer ma chaudière à fioul par une à gaz. Comme toujours, devis et compagnie, commande, réalisation du chantier. Le plus rassurant avec le chauffage au gaz, c’est qu’une commission d’inspection passe pour vérifier l’installation qui ne peut être mise en service qu’avec son feu vert. Comme toujours, c’est après, parfois longtemps après, qu’on mesure les anomalies.

Deux ans plus tard donc, des taches sombres viennent maculer le mur de la cheminée dans une chambre à l’étage. Diagnostic : du bistre. Explications : nous sommes passés d’une chaudière traditionnelle à une chaudière basse température, il aurait fallu chemiser le cheminée ou la remplacer. L’installateur le savait, lui qui a démonté et emporté l’ancienne chaudière… Ou il était incompétent ou plus vraisemblablement il a pensé que nous risquions de renoncer ou de reporter le projet si à son chantier, il nous fallait encore ajouter le coût d’un chemisage… qu’il ne faisait pas. Il se sera dit qu’il risquait de perdre le chantier et que de toutes façons, ce petit problème aurait la pudeur de ne se manifester que largement après la fin des travaux…

Encore des gens payés rubis sur l’ongle !

 

Le couvreur-zingueur

Jacques : Le pignon de la maison est recouvert -à l’ancienne- de quelques plaques de plomb, deux d’entre elles ont été emportées dernièrement par des bourrasques de vent un peu plus violentes. Diagnostic : ce sont les fixations centenaires qui ont lâché. Scenario habituel, deux sociétés mises en concurrence, devis, commande. La première veut faire ça « à l’échelle », sans souci de la sécurité de ses ouvriers au point que je dois rappeler au patron artisan que je ne veux pas engager ma responsabilité en tolérant ce dérapage. L’autre, réputée au plan local, est plus chère, mais prévoit une nacelle. C’est celle que nous retenons. Et puis il y a la satisfaction, un rien FIER de se dire qu’on a pris ce qu’il y avait de mieux localement.

Le jour venu, les deux couvreurs-zingueurs arrivent, ils installent leur nacelle, font les travaux prévus. A la fin, ils nous proposent un petit tour en hauteur pour avoir une vue inhabituelle sur notre toiture. Nous déclinons l’offre, car nous sommes sujets au vertige, mais leur demandons de prendre des photographies pour que leur responsable puisse faire le point sur l’état du toit et propose le cas échéant un devis.

Effectivement, quelques temps plus tard, un courriel arrive accompagné d’un devis pour la réparation de noues (c’est l’angle rentrant à la rencontre de deux combles). Les photographies jointes exhibent effectivement des zincs percés, presque pourris. Bref un truc à vous faire froid dans le dos : toute l’eau qui doit s’infiltrer par là ! La première surprise passée, nous nous interrogeons : nous suivons de manière stricte l’entretien de la maison et ne comprenons pas comment cela a pu nous échapper. Ma femme a alors une idée : elle emprunte à un voisine une paire de jumelles et lui demande l’autorisation de pénétrer sur son fonds pour examiner sous le bon angle tous les éléments décrits comme défaillants. Ce simple test montre que les noues, toutes les noues, sont en parfait état…

Conclusion : certaines des photographies qui devaient justifier des travaux coûteux, ne provenaient pas de notre toit. A coup sûr, le responsable des devis se sera trompé au moment de choisir les photos sur son ordinateur. Encore une « boîte » à laquelle nous ne confierons plus de travaux…

 

Le plombier…

Antoine : J’ai confié un jour à un plombier la réfection de ma salle de bain. Je précise qu’il était bien du crû et pas Polonais du tout ! Les travaux se sont déroulés sans trop de problèmes et le résultat après quelques corrections n’était pas mauvais.

Pourquoi je vous en parle alors ? Un instant de patience messieurs ! Quelques semaines plus tard, remontant du jardin, je passe mes mains maculées de terre sous le robinet extérieur qui donne sur la terrasse et j’ai la surprise de sentir couler… de l’eau chaude. Oui, de l’eau chaude. En creusant la question, nous nous sommes aperçus que la même conduite alimentait… la chasse d’eau des toilettes.

Exact, pour s’en rendre compte plus tôt, il aurait fallu faire ses ablutions dans la cuvette des toilettes… ce qui n’est pas notre cas. Chacun ses habitudes !

Vincent : La situation est-elle si noire ? Il faut croire. J’ai bien le souvenir -un excellent souvenir- d’un carreleur qui travaillait en tandem avec son fils et qui nous a livré du beau travail, fait dans les délais et à un tarif correct, convenu. Le rêve, quoi ! Mais le malheureux, il semble bien isolé…

 

Autre couvreur-zingueur

Henri : J’ai aussi eu maille à partir avec un couvreur-zingueur. J’avais décidé d’isoler les murs et la toiture de la véranda à l’arrière de ma maison. Quand le chantier s’est achevé, j’étais tout content. Ça avait une certaine allure. Jusqu’au jour où bricolant dans une chambre du haut, je me suis aperçu que la gouttière qui avait été remplacée à cette occasion, ne se vidait pas correctement. Le couvreur n’avait pas prévu qu’en isolant le toit de la véranda, il en rehaussait le niveau et donc celui de la gouttière qui le longeait. Du coup, les tuiles reposaient dans le fond des gouttières, et quand il s’est mis à pleuvoir un peu fort, elles se sont mises à « dégueuler ». Si vous ajoutez quelques soudures malvenues sur la toiture, qui ont cédé sous la chaleur du soleil en permettant à l’eau de pluie de s’infiltrer derrière la bardage… Je vous la fais courte parce qu’il y aurait encore à dire ! Beaucoup à dire ! Remarquez l’artisan en question n’était pas du genre à te laisser tomber, il était prêt à reprendre les anomalies… Si, si, il suffisait de signer un nouveau devis et de payer la facture pour les corrections…

Antoine : Qu’est-ce que tu as fait ?

Henri : J’ai informé mon assurance et nous avons joué la carte de la « responsabilité décennale ». Ça n’a pas été simple : j’ai potassé les manuels du métier, consulté des professionnels, j’ai même réalisé un reportage photographique de la toiture que j’ai montré à un enseignant chez les aristocrates de l’artisanat, j’ai nommé les Compagnons du devoir : le résultat était consternant. Il a énuméré toutes les anomalies qu’il détectait sur les photographies. Et encore il a dit qu’en démontant pour regarder en dessous, il risquait d’y avoir des surprises. C’était ahurissant. Sa conclusion : les gars qui ont fait la couverture, n’y connaissaient rien. Strictement rien !

Jacques : Comment est-ce possible ? Qu’est-ce que tu as fait ?

Henri : Ça m’a mis la puce à l’oreille, tu te doutes bien, alors j’ai décidé de creuser un peu. J’ai découvert des choses incroyables. Que tu peux t’installer comme artisan même si tu n’y connais rien. Tiens, toi par exemple tu pourrais ouvrir une boucherie demain matin si ça te chantait !

Jacques : Tu plaisantes !?

Henri : Du tout. Tu embauches un gars qui a son CAP de boucher et en présentant son contrat de travail et son diplôme de CAP à la Chambre des métiers, tu obtiens ton immatriculation en bonne et due forme. Tu as le droit d’ouvrir ta boucherie. Si tu licencies ton employé après quelques temps, tu peux tranquillement continuer, personne ne te dira rien. Après quelques recoupements, j’ai compris que c’est ça qui m’était arrivé : l’entreprise faisait de la couverture sans couvreur-zingueur. Le plus tordu, c’est que j’ai interrogé la Chambre des métiers d’Alsace pour savoir si le chef d’entreprise était qualifié ou s’il figurait au registre des métiers parce qu’il avait au moins un employé qualifié. Tu ne devineras pas ! Ils m’ont expliqué que la loi ne leur permettait pas de me donner des informations aussi confidentielles ! J’ai même questionné la commission d’accès aux documents administratifs, qui m’a répondu la même chose : la loi l’interdit !

Guillaume : Dites ça me fait penser, il y a quelques jours, j’ai aperçu dans un quotidien régional la photographie du président de l’Assemblée permanente des chambres des métiers et de l’artisanat, vous ne voyez pas ? mais si, c’est un gars du coin, celui qui porte son enseigne sous le nez, le coiffeur avec ses bacchantes, il est même conseiller régional… Vous voyez qui maintenant ? Bon, alors il déclare dans le même quotidien paraît-il « avec gourmandise »(*) qu’« il vit un conte de fée », je me dis que nous tous ici on aimerait bien le partager, son conte de fée. Et si on lui suggérait à l’occasion -je cite- quand il « textote le dimanche avec Muriel Pénicaud et Bruno Le Maire (**) » d’en profiter pour leur demander quelques modifications de la loi, par exemple :

1) que les informations relatives à la qualification du chef d’entreprise artisanale et de son personnel soient désormais accessibles au public sur simple demande à la CM;

2) et surtout que seuls puissent ouvrir une entreprise artisanale les personnes physiques titulaires des compétences idoines (diplôme ou acquis de l’expérience dûment validés) à l’exclusion de toute autre. Il faut savoir qu’en Autriche si vous n’êtes pas diplômés vous-même, vous ne pouvez créer une entreprise artisanale. A la réflexion, c’est logique : comment sinon voulez-vous être en mesure de contrôler le travail effectué par votre personnel ?

Jacques : C’est une bonne idée. Et puis c’est positif.

Vincent : C’est du concret, du pragmatique comme ils disent !

Guillaume : Sûr que ça ferait du bien à l’artisanat ! Y’a plus qu’à faire !

Antoine : Et ton affaire qu’elle est-ce qu’elle est devenue ?

Henri : Je n’ai pas lâché. Ça m’a demandé près de 18 mois d’efforts, mais j’ai fini par avoir gain de cause. Son assurance a payé.

 

Guillaume PFALZER

 

(*) ça c’est le journaliste inspiré qui l’écrit (DNA du 12 janvier 2018 page 15)

(**) respectivement ministre du Travail et ministre de l’Economie du gouvernement Philippe I

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2 réactions à "Artisanat moderne : L’entreprise qui fait de la couverture sans couvreur-zingueur"

  1. MARC a commenté:

    Quelques remarques à propos du témoignagne sur les volets:
    1) “Non, c’est tout autre chose : dans les mois qui ont suivi, on a vu apparaître à la surface des volets plein de minuscules gouttes opaques : c’était de la sève.”

    Non ce qui est apparu n’est pas de la sève mais de la résine. Cela indique votre volet a bien était fait avec un résineu. Probablement du mélèze. L’apparition de cette résine n’a strictement rien à voir avec le séchage plus ou moins du bois. La résine peut suinter du bois quand celui ci est exposé au soleil, ce qui est généralement le cas des volets!! Il n’y a ni malfacon, ni arnaque.

    2) Si cet artisan avait laissé en place les anciens gongs et bergères, il n’aurait pas put régler les volets pour éviter qu’ils frappent en cas de vent. Et pourquoi? parce que pour les régler il faut les visser ou les dévisser. Or cela est IMPOSSIBLE sur des gongs / bergères en place depuis des décennies. De plus, si de par l’usure ou la corrosion des gongs en place, les volets neufs venaient à tomber par fort coup de vent, il aurait été impossible pour vous de vous retourner contre le menuisier tout simplement parce qu’il n’a pas posé les anciens gongs utilisés pour accrocher vos nouveaux volets. Vous auriez été le perdant (mais je vous fais confiance pour incriminer l’incompétence du menuisier en l’accusant de n’avoir vu qu’il fallait remplacer les gongs anciens par de nouveaux).

    Le témoignagne sur le travail du menuisier laisse donc fortement à désirer quant à son objectivité!

  2. MARC a commenté:

    Concernant le témoignagne sur le travail du chauffagiste:
    “Ou il était incompétent ou plus vraisemblablement il a pensé que nous risquions de renoncer ou de reporter le projet si à son chantier, il nous fallait encore ajouter le coût d’un chemisage”

    Vous ètes passé d’un chauffage à l’ancienne à une chaudière moderne. Donc d’une chaudière ayant un très mauvais rendement à une chaudière ayant un très bon rendement (basse conso avec récupération de chaleur). Donc d’une chaudière ou les fumées de sorties étaient très chaudes à une chaudière dégageant des fumées quasi froide. La combustion du gaz libère CO2 + H2O. H2O = de l’eau! Fumée froide + H2O = condensation! Oui cela est tout à fait logique.
    Effectivement il fallait faire un tubage de la cheminée. Cela a un cout. Cette information se trouve en qq clics sur le Web. Comme par ailleurs les gens choisissent le devis le moins cher sans comparer le détail des devis, ils choisissent eux mêmes l’artisan qui a (volontairement ou non) choisit d’enlever le tubage pour faire baisser le prix du devis et être choisit par le client.
    La faute en incombe avant tout à l’incapacité des gens à comparer des devis et surtout à la pingrerie des gens. Ils se jettent eux mêmes dans les bras du moins disant (donc du moins compétent) puis vienent pleurer sur leur mauvais sort.

    PS: les dégats causer par le bistre sont couverts par votre assurance ou par l’assurance décennale de votre artisant.