Au premier regard on pourrait penser qu’on se retrouve, comme en 81 avec la vague rose ou en 93 avec la bleue, avec une vague mauve formant un bloc hégémonique qui imposera ses vues majoritaires déversées abondamment par un exécutif tout puissant.

Mais, autant en 81 l’ensemble constitué par les députés socialistes élus après la prise du pouvoir de François Mitterrand était cohérent et organisé. En effet, à cette époque, malgré les courants qui ont toujours traversé ce parti, la règle respectée était que ceux-ci ne s’opposent à la ligne majoritaire du parti que lors des congrès en interne.

Autant en 93 l’assemblée toute bleue était constitué de députés habitués au dirigisme du grand parti de droite, sachant que toute velléité d’indépendance se verrait immédiatement sanctionnée par un retrait définitif d’investiture, ce qu’aucun d’eux n’était disposé à risquer.

Autant le grand pavé mauve qui saute aux yeux fait figure de trompe-l’œil.

Car l’apparente homogénéité de ce groupe n’est qu’une illusion et se compose d’au moins quatre groupes différents.

Il y a les anciens socialistes rose pâle, dits Macron-compatibles, qui ont eu le flair de quitter un parti en perdition pour rejoindre (et parfois même entre les deux tours) le parti REM. Comment accepteront-ils de voter les propositions libérales prévues dans les nombreux projets de loi à venir ?

Il y a les membres de la société civile, ce qui est une bonne chose, mais qui vont devoir pour nombre d’entre eux abandonner leur entreprise pour se lancer totalement dans leurs nouvelles fonctions publiques. Un risque qui n’a pas été couvert dans le système électoral. C’est la raison pour laquelle les assemblées successives précédentes étaient dominées par des fonctionnaires ou des avocats, professions bénéficiant toutes deux de parachutes confortables. Leur enthousiasme résistera-t-il aux difficultés rencontrées par leurs entreprises respectives suite à leur désengagement professionnel ?

Il y a les ralliés du centre droit et des LR qui se sont groupés derrière le Premier ministre et celui de l’Economie, par fidélité, par amitié, par opportunisme aussi sans doute, mais combien par conviction ? Comment assumeront-ils dans la durée leur cohabitation interne avec leurs anciens adversaires socialistes ? Se soumettront-ils ou s’insurgeront-ils ? Comment réagiront-ils à la démission possible de leurs ministres si la politique menée ne leur convient plus ?

Et puis il y a le MODEM, complétement fondu dans le mauve. Où est passé la couleur orange ? François Bayrou ne va-t-il pas s’élever contre la disparition de sa couleur dans la nouvelle assemblée ? Compte tenu de sa position délicate suite aux affaires morales qui le concerne et viennent percuter son moralisme de façade, conservera-t-il longtemps son influence sur le Président ? Il est plutôt homme à se démettre qu’à se soumettre. Comment réagiront les députés MODEM à l’issue de cette rupture qui paraît inéluctable ?

Voilà les questions qu’il convient de poser et qui permettent de douter que cette nouvelle assemblée ne soit pas un assemblage hétéroclite si on appliquait les quatre nuances de mauve en lieu et place du pavé uniforme présenté actuellement.

Toute la problématique sera de réussir à maintenir la cohérence à l’intérieur du groupe REM. Il faudra donc plusieurs personnalité puissantes pour y parvenir. L’avenir de cette cohérence reste donc tributaire des personnalités qui occuperont les postes-clés suivants : la Présidence de l’Assemblée Nationale, celle du groupe REM et le ministre en charge des relations avec le Parlement.

Si ces personnalités sont assez influentes pour que la couche de mauve masque les nuances internes au groupe, nous risquons un parlement de godillots.

Si elles n’y parviennent pas, nous risquons un retour à la quatrième République, ce qui, sous la cinquième, ferait sans doute se retourner le Général dans sa tombe.

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