Dans le langage commun “le coup du père François” est une expression dont la signification est en rapport avec une forme de trahison. Notre petit Emmanuel s’est effectivement présenté dans la vie publique tout en douceur et en retenue, avant de porter trois coups qui resteront dans l’histoire comme une très systématique mise à l’écart des seigneurs (seniors) de la politique politicienne française.

Il y a d’abord eu l’inconstant François de Hollandie, grand habitué des compromis qui sont sensés ne vexer personne mais qui ne satisfont aucun. Celui-là, Emmanuel Premier lui a donné le baiser de la mort. Il s’est fait tout miel, s’approchant lentement de sa proie, son sourire à l’américaine n’ayant suscité aucune méfiance de la part de celui qui pensait l’avoir “fait”.

Puis soudain l’estocade, la rupture assumée et voilà l’homme des compromis face à un homme de résolution, qui n’a transigé sur rien et, finalement l’a étouffé jusqu’à ce que celui-ci frappe les trois coups au sol, signifiant par là-même son abandon de la lutte.

Il y eut ensuite le radical François Fillon, sorti glorieusement d’une primaire de droite à l’issue de laquelle se présentait une autoroute toute droite (c’est le cas de le dire) et dégagée vers une présidentielle promise à son camp par tous les observateurs. Et puis voilà que cette belle machine s’enraye. En fin politique, Emmanuel Premier ne participe pas à la curie, tout juste se contente-t-il de poser des principes de probité très consensuels qui n’appellent aucune critique, ni de droite, ni de gauche.

En effet, comment défendre l’idée de préservation de ce qui apparaît comme des privilèges sans se noyer politiquement ? Les mœurs ont changé. Ce qui était admis ne suffit plus et la légalité revendiquée n’excuse pas la faute politique. De sa jeunesse en politique, Emmanuel Premier tire le plus simplement du monde une forme de probité naturelle avec laquelle il compose tout en délicatesse. Les électeurs pensent, à tort ou à raison, qu’il est trop novice pour avoir eu le temps de taper dans la caisse. Et hop, voilà François II qui disparaît de la scène.

Puis vint le dernier François, le plus coriace et, sans doute, de tous, le plus frustré. Frustré de constater que sa stratégie “ni de droite, ni de gauche” fonctionne enfin, mais au bénéfice d’un autre. Frustré que son destin présidentiel s’échoue sur la plage de la République en Marche. Alors il tente le tout pour le tout. Il tente de prendre le contrôle du petit Emmanuel, se voyant fort bien Président par personne interposée. Et cela semble marcher à merveille : Emmanuel Premier l’accueille, le met en avant, s’appuie sur lui. Et notre François de pérorer sur le devant de la scène, sans penser à préserver ses arrières.

Le coup est digne d’un grand maître des échecs, digne d’Austerlitz. Pardon de me montrer dithyrambique, mais on ne peut qu’admirer l’élimination sophistiquée de celui qui, à n’en pas douter, aurait été un adversaire redoutable s’il était resté en place. Quant aux explications foireuses qui maquillent ce coup politique magistral, personne n’est vraiment dupe mais tout le monde fait semblant d’y croire.

Je n’ai qu’un mot : Bravo. Et en même temps mon admiration du personnage est pondérée par une forme d’inquiétude. Maintenant que Emmanuel Premier a les mains libres, que va-t-il se passer ? À ce stade, seul lui le sait. Mais il y a une chose certaine : il le sait, il le fera et il ne sera jamais bon de s’opposer à lui pour ceux qui seraient tentés de le faire. Cet homme est redoutable.

Prions maintenant pour que son habileté, il la mette au service de la France et des français de toutes catégories et de toutes origines, ce qui le ferait entrer en grand dans l’Histoire. Espérons qu’il ne la mette pas au service d’un clan, ce qui lui ferait perdre à une vitesse vertigineuse tout le crédit dont il a bénéficié jusqu’à présent.

Les Français ont toujours été très doués pour vouer aux gémonies ceux qu’ils ont adoré.

Laisser un commentaire