Il y en a qui déconnent… avant les nouvelles élections… européennes

Depuis deux ans, j’ai l’impression de vivre dans un pays de fous. De oufs pour ceux qui aiment le verlan et qui, comme moi, se demandent comment on en est arrivé là. Dans ce climat délétère où on entend tout et n’importe quoi. Où Benalla nous prend la tête, sans compter son patron, et où la passion l’emporte trop souvent sur la raison.

Fous versus Oufs. Je dénonce ces deux mots parce que dans la réalité il y a ceux qui veulent détruire notre démocratie représentative, où les libertés publiques sont « relativement » sauvegardées, et parrainées par une Europe molle, et en face il y a Jupiter, grisé par le pouvoir, qui est d’une grande maladresse. Arrogance énervante, inadmissible parfois, d’un jeune président pressé, adoubé par les riches, imprudent, méprisant aux yeux de beaucoup. Surtout quand on pense aux petits retraités amputés d’une partie non négligeable de leur pension et qui sont à l’origine au cœur du mouvement des « gilets jaunes ».

Révolte sociale ? Pas seulement. Ras-le-bol ? Oui. Pourquoi les gilets jaunes restent-ils encore relativement populaires malgré les casseurs et les extrémistes, populistes de tous poils, sans compter les imbéciles comme moi qui contribuent au grand débat, tout en sachant pertinemment que rien ne changera ?

Ou si peu. Parce que tout est vain en ce bas monde français où « fake news » et démagogie dansent une valse dangereuse pour nous étouffer. Parce que nous avons un président qui, avant les nouvelles élections, adore mettre de l’huile sur le feu. Ses phrases provocantes (« je traverse la rue, je vous trouve du travail », « on met un pognon de dingue dans les minimas sociaux », « certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes ») ont mis le feu aux poudres. Dommage, car certaines de ses réformes comme le prélèvement à la source sont plébiscitées par les Français.  

La poudre, vous et moi, cent mille lecteurs d’Heb’di, vous l’avez entre les mains. En 2014, l’Alsace a vu la Liste bleu marine – non à Bruxelles, oui à la France (LFN) caracoler à 27% aux élections européennes, loin devant tous les autres partis. Résultat : la France a perdu cinq ans, car elle était représentée par 24 eurodéputés FN, tous contre l’Union européenne et en très grande majorité incompétents, fumistes, ou les deux à la fois. Après avoir été contre l’euro, ils ont été pour le Brexit. On ne le dira jamais assez, mais celui-ci fout dans la merde les Anglais, et aussi, dans une moindre mesure, le reste des Européens.

Pourquoi je vous dis ça ? Parce que l’Europe, qu’on le veuille ou non, est notre patrie. Parce que l’Europe nous protège davantage plus qu’elle nous désunit. Parce que l’Europe est un moindre mal. Comme disait Ortega y Gasset, cité par Olivier Favry dans ‘’Tout savoir sur l’Europe’’ (Ellipses, 2005, traduit en chinois en 2008 et préfacé par Michel Rocard) : « Le problème c’est l’Europe. La solution, c’est l’Europe. » Qui n’est pas imparfait ? Personne. L’Europe est imparfaite, mais elle a le mérite d’exister. Et de nous éviter de gros accidents de l’histoire. Elle pourrait être détruite sous sa forme actuelle. Oui. Vraiment. Pour le pire. Et redevenir Nimitz retour vers l’enfer si jamais on la pervertit sous la férule des violeurs, les populistes néofascistes téléguidés par Poutine, Trump et Xi Jinping, ce trio qui adore nous diviser pour mieux nous asservir.   

J’ai fait un rêve. Vous, lecteurs d’Heb’di, étiez tellement terrifiés par le scrutin du 26 mai 2019, que vous parveniez à mobiliser votre famille, vos amis, vos voisins, afin que la fange des bas instincts ne se traduise plus, d’ici quelques mois, par une nouvelle victoire du Rassemblement National, ce faux ami qui nous veut du mal. En Alsace, Mélenchon est dans les choux. Pas le RN ! 

Seriez-vous capables de faire comprendre à ceux qui ne sont pas d’accord avec vous qu’ils se trompent ? Que la construction européenne rendue perfectible par des députés expérimentés, ou des personnalités qui ne lâchent pas notre objectif commun au moindre coup de grisou, comme Michel Barnier ou Daniel Cohn-Bendit, vaut mieux que des imposteurs ?

Dans L’Exécution (1973), histoire de haine, de sang, de mort et d’amour, Robert Badinter écrit : « Plaider, c’est bander. Convaincre, c’est jouir. » À vous de jouer, lecteurs et citoyens. Pensez à vos enfants et aux miens qui, plus tard, nous jugeront en bien ou en mal. « Papy, que s’est-il passé déjà, en 2019 ? ».        

                                                                                                   Gilbert Sanglier

Macronistes malgré eux…

Revenons quelques mois en arrière. Sympa ce mouvement des gilets jaunes !

Voilà la France silencieuse, profonde et méprisée qui se réveille contre l’estabishment politique et médiatique avec des revendications légitimes. Tout le monde applaudit à cette prise de conscience démocratique qui se revendique autant pacifique que spontanée. Tout le monde sauf le gouvernement qui se prend les pieds dans le tapis d’un mouvement qu’il n’a pas vu venir et qu’il ne sait pas traiter.

Dès le début du mouvement, les extrêmes se frottent les mains. Le RN monte rapidement dans les sondages et Marine Le Pen se pose paradoxalement comme le dernier rempart démocratique face à la dictature du jeune Macron. LFI se réjouit d’un mouvement – il ne rêve que de révolution le sieur Mélenchon- dont les revendications reprennent, prétend-il, l’intégralité de son programme.

Il est clair que, dans ce premier temps, le mouvement des gilets jaunes fait tomber le Président de son piédestal à la grande satisfaction des frustrés de la dernière élection présidentielle qui voient là une possibilité de rebattre les cartes.

Mais ça, c’était avant. Qu’en est-il maintenant ?

Le grand fleuve jaune s’est dispersé en multiples petites rivières qui se sont écartées progressivement les unes des autres. Chaque gilet jaune ne défend que lui même et bien souvent le revendique en proclamant qu’il ne représente pas le mouvement dans son ensemble. Et pour cause, il n’y a aucun ensemble. Que l’un d’eux prenne une initiative comme créer un parti politique et voilà tous les autres qui crient au scandale de la récupération.

Comme rien ne les relie plus vraiment, il ne leur reste qu’à se trouver un ennemi commun fédérateur : la violence policière. Cette victimisation médiatique qui tente de faire passer le pouvoir en place pour une affreuse dictature policière qui s’attaque à de pauvres gens innocents produit cependant des effets contraires au soutien espéré par la population.

Tous les samedis, quelques radicaux qui se prétendent, la main sur le cœur, non violent, mais dont les manifestations dégénèrent systématiquement en bataille de rue, défilent en revendiquant dans un joyeux désordre un tas de mesures contradictoires dont la plupart sont inapplicables et dont les effets pervers génèreraient collectivement plus de difficultés pour eux-mêmes que leur difficile situation actuelle.

Résultat de ce remue-ménage hebdomadaire ? Le principal bénéficiaire en est bien Macron.

Sa remontée spectaculaire dans les sondages en est une première preuve. L’agitation inquiète de LFI et RN, qui ont senti le vent tourner, en est une seconde.

De plus en plus de Français sont las des images de violences qu’on leur sert chaque week-end. Lentement mais surement l’idée d’un retour à l’ordre prend le pas sur la légitimité des revendications. Avez-vous remarqué que l’on parle maintenant beaucoup plus du LBD et de son usage et beaucoup moins des revendications initiales du mouvement ?

En persévérant envers et contre tout dans leurs manifestations, les derniers gilets jaunes radicaux sont devenus le principal soutien, malgré eux, du Président. Celui-ci le sait bien qui affiche, la semaine, le visage serein d’un homme ouvert au dialogue, en parfait contraste avec les images de violence du week-end.

NBP

Quand l’économie symbolique détruit l’économie réelle…

La technostructure (notamment la haute administration de Bercy et les cabinets ministériels) adore jouer avec la fiscalité et le budget de l’État. C’est vrai. Mais souvent certaines de leurs décisions ne produisent pas les effets escomptés. Il peut même arriver que le résultat soit négatif pour l’intérêt général de notre pays.

Cela tient au fait que, en économie, les décisions prises sont souvent plus symboliques qu’efficaces. Chaque président nouvellement élu utilise la fiscalité pour « récompenser » son électorat ou pour marquer son appartenance à la droite ou la gauche. Nicolas Sarkosy fait immédiatement voter la loi TEPA et François Hollande détricote en un tour de main les décisions de son prédécesseur au prétexte de justice fiscale, affichant ainsi son appartenance à la gauche. Le seul qui n’a pas compris la portée symbolique de ces décisions c’est E Macron. Il a fait du pragmatisme au détriment du symbolisme et il en paye le prix. Le plus grand risque pour ce pays serait de céder et de revenir à une philosophie fiscale symbolique qui, depuis trop longtemps détruit nos chances de relancer une économie mondialisée (c’est un fait n’en déplaise à certains) et entrée dans une impitoyable campagne de séduction des investisseurs internationaux.

Pour tenter de faire comprendre les risques que l’économie symbolique fait courir à l’économie réelle, prenons trois exemples concrets parmi ce que l’on entend dans les médias : taxer les GAFA, rendez l’ISF, baisser les rémunérations des élus.

La taxation des GAFA

La taxation des GAFA est une croisade symbolique que la France se croit obligée de mener tout en étant convaincue que cela ne servira à rien, mais que cela plaira aux Français.

C’est donc à titre purement symbolique que l’on ferait payer ces multinationales, principalement américaines, qui utilisent tous les artifices de droit pour échapper à l’impôt national et s’enrichir sur notre dos fourbu. À première vue, ce qui n’est que justice.

Concrètement, cet impôt stupide n’est qu’un leurre contreproductif estimé à quelques malheureux 500 M€, une goutte d’eau par rapport aux milliards qui sont en jeu.

Pourquoi ? Parce que, en bout de chaine, ce sont les Français qui paieront cet impôt et non les GAFA.

Voyons ce qui va se passer :

1 Les principaux GAFA sont : facebook, apple, amazon microsoft ou encore samsung (pour prendre un non-américain 😉

2 Ces entreprises sont totalement libres de fixer leur tarifs.

Or,

Qui sont clients des GAFA en France ? Une grande majorité de français.

Que va-t-il se passer ? Les GAFA vont a minima répercuter l’impôt dans leur prix.

Quelle conséquence ? Tout le monde paiera un peu plus cher son téléphone ou son ordinateur.

Les Français cesseront-ils alors de consommer ces produits ? Évidemment non. Tout se passera donc bien comme si les Français supportaient collectivement une hausse de leurs impôts de 500 M€.

Joli tour de passe-passe autant pour le gouvernement (symbolique franchouillarde) que pour les GAFA (pragmatisme financier) qui ne subiront aucune perte sur leurs marges ni sur leur clientèle qui, totalement captive, continuera de les nourrir quitte à payer un peu plus cher leurs produits ou services.

Si le symbolisme de cette décision fiscale fait cocoricotter certain, les Français se rendent compte, mais un peu tard qu’ils sont les dindons de cette farce. CQFD

Rendez l’ISF !

Voilà qui ferait plaisir au plus grand nombre. Je dois préciser avant tout que je ne suis pas personnellement assujetti à l’ISF ni à l’IFI (oui, car l’ISF existe toujours sous une autre forme, on ne le dit pas assez). Je ne défends donc pas une forme de pré carré personnel.

Cela dit cette histoire d’ISF soulève des questions symboliques fondamentales :

Comme je l’ai dit, tous les cinq ans, c’est-à-dire à chaque changement de président, la France subit une révision aussi douloureuse que douteuse de sa fiscalité. En économie réelle, il n’y a pas pire système. L’économie réelle a besoin de stabilité pour investir et à terme créer de la richesse. Ces investissements sont souvent très lourds et calculés sur des périodes longues. Comment investir sur 25 ans quand on sait que la règle fiscale risque de changer tous les 5 ans ?

La vraie question du débat sur l’ISF n’est pas tant le partage de la richesse ( symbole de justice sociale) que la stabilité économique nécessaire ( pragmatisme des arbitrages financiers) pour développer l’activité et les avantages concurrentiels internationaux mis en place par chaque pays pour attirer les investissements à l’échelle planétaire. Sur ce dernier plan, tout le monde savait que l’ISF constituait un gros handicap pour la France.

Suite à la suppression de cette négative distorsion de concurrence, il s’avère que les investisseurs étrangers commençaient à retrouver le chemin vers la France. Retrouver la confiance de ces institutions capables d’investir massivement, c’est long et fragile. Actuellement ceux qui sont revenus le regrettent déjà et s’interrogent sur l’attitude prochaine du gouvernement face aux revendications actuelles. Si le gouvernement cède sur ce point, non seulement ils repartiront, mais tous ceux qui envisageaient de réinvestir en France trouveront d’autres endroits plus favorables pour y placer leurs dollars. En ne regardant pas plus loin que le bout de sa rue, le Français oublie que la concurrence mondiale pour attirer les investissements fait rage et que la destruction de notre image internationale aux yeux de ces décideurs lointains (mais dont les décisions ont un impact sur notre activité et donc sur le chômage et – un comble- les rentrées fiscales futures) est une catastrophe totale.

Rétablir l’ISF, c’est se tirer une balle dans le pied et notre pays y perdra beaucoup plus que les deux ou trois milliards d’euros de recette fiscale directement récupérée sur le dos de quelques Français trop riches pour y échapper, mais pas assez pour l’éviter.

Là plus qu’ailleurs, la symbolique fiscale va détruire de l’activité sans améliorer par ailleurs le budget de l’état, les pertes fiscales futures dépassant largement le gain immédiat. CQFD

Baisser les rémunérations des élus !

Quelle idiotie ! Au risque de choquer, je suis pour une augmentation significative de la rémunération des élus autant que des ministres.

Prenons simplement le cas du seul Président. Il gagne (tous frais payés fort heureusement) une quinzaine de milliers d’euros par mois. Il dirige un pays de 65 millions d’habitants et travaille 18 heures par jour pendant cinq ans sans discontinuer.

Comparons sa situation avec le président d’une banque qui travaille tout autant que lui, mais ne s’occupe que de sa banque et a bénéficié d’une formation équivalente. Celui-là empoche discrètement 150 k€ par mois avant les primes.

Ne pensez-vous pas qu’il serait plus juste que cela soit l’inverse ? Si les ministres, députés, sénateurs et maires étaient mieux rémunérés la république ne s’en tirerait-elle pas mieux ?

En regard du budget nécessaire, cela ne représenterait pas une charge considérable, mais cela aurait le mérite d’attirer les meilleurs d’entre nous vers ces fonctions nobles et de renforcer leur indépendance face aux lobbys.

Mais le Français n’aime pas ses élus. Regardez l’âge moyen des maires des petites communes (on les a vus lors des deux derniers débats avec E Macron) n’avez vous pas été interpellés par leur âge avancé ? Où sont les jeunes censés prendre la relève ? Trop peu nombreux. Les jeunes élites, comme on dit, c’est-à-dire ceux qui ont réussi de brillantes études, sont partis en entreprise ou à l’étranger où ils bénéficient de rémunérations bien plus avantageuses et d’une vie bien moins contraignante.

Là encore la symbolique qui consiste à penser qu’un élu riche est un élu douteux nourrit la défection de la fonction. On croit défendre une forme de justice sociale là où on prive nos assemblées de leurs meilleurs éléments potentiels.

À force de maltraiter ses élus, la France ne récoltera que les élus qu’elle mérite et franchement ça, ça devrait nous faire peur. CQFD

Il y aurait bien d’autres exemples, mais chacun saura bien les trouver lui-même. En fait, on croit que les Français sont attachés à la notion d’égalité là où ils sont simplement jaloux de la réussite de leurs voisins. J’en veux pour preuve que parmi tous ceux qui fustigent les riches, bon nombre d’entre eux jouent chaque semaine au loto dans l’espoir de passer sans effort dans le camp d’en face. Et croyez-moi, la première chose que ces nouveaux riches réclament c’est la discrétion, car, se souvenant de ce qu’ils pensaient en tant que pauvres, ils se méfient à juste titre de ce que l’on pensera d’eux désormais…

 NBP

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