Heb’di n’a pas particulièrement de sympathie pour Florian Philippot. Souvent parmi les premiers à décrier l’Alsace, sa ligne, sa froideur, ses idées nous laissent de grès… Eh oui, en Alsace, on n’a pas de marbre.

Alors que Marine Le Pen vient de vider sa vice-présidence de contenu, au moment où il annonce quitter le FN, nous avons cependant eu envie de lui écrire une lettre.

 

Cher Florian,

Permets-nous de t’appeler « Florian » parce que cela fait genre. Nous n’en sommes pas à l’hommage aux chers disparus, bien qu’au FN, certains semblent pressés. Tu ne leur feras sans doute pas ce plaisir.

Nous avons lu la presse nationale et alsacienne et entendu un cahier de doléances prompt à te mener directement à la guillotine nationaliste du côté de Saint-Cloud.

Il y a en qui ont du mal à digérer le couscous, visiblement.

On entend Nicolas Bay et Louis Alliot sonner la charge. Tu es celui par qui le malheur est arrivé. Une merguez et te voilà « islamo-gauchiste ».

Ils oublient que dans vos fédérations où restent des anciens d’Algérie, le couscous est la poule au pot du sud ! S’il suffit d’un peu de harissa pour être islamiste, le nombre de fichés-S va exploser.

Instaurer une ligne idéologique supposait neurones et pensées

Gauchiste ! Tout dépend d’où l’on se place mais tu aurais dû comprendre qu’instaurer une ligne idéologique supposait neurones et pensées.

La ligne que tu as posée au FN tenait compte de l’Etat de lieu du paysage politique à ton arrivée. D’un Sarkozysme fort auquel succédera un Fillonisme plombé avant que n’éclose un Wauquyézisme humano-droitier.

Tu posais comme base que le libéralisme et ses conséquences devaient être laissés à la droite et ses chapelles et qu’une ligne plus populiste, voire économico-patriote pouvait emporter les suffrages.

Sur ce point-là, et comme on l’entend dans Kaamelot : « c’est pas faux ». D’ailleurs, bon an, mal an, n’est-ce pas la ligne sur laquelle arrivent gentiment Jean-Luc Mélenchon et ses insoumis ?

Tu es celui par qui le malheur est arrivé… Mais, entre nous, qui les a empêché, les anciens du FN, de poser une autre ligne idéologique avant que tu n’arrives et lorsqu’ils avaient les mains libre pour le faire ? Qui les a empêché aussi de réussir à conquérir communes et mandats de députés entre la scission avec les félons « mégrétistes » – 1998 – et ton arrivée en 2011 ?

Personne !

Bien sûr, il y a les récentes élections. La présidentielle ? Une défaite relative puisque d’abord tu n’étais qu’autour du dispositif et non au cœur et que la défaite s’est cristallisée autour d’un débat loupé par Marine.

Les législatives ? Une dizaine de députés qui n’arrivent pas à faire parler d’eux, en tout cas moins que Marion Maréchal ! Sans doute l’élan avait été freiné par le fameux débat mentionné plus haut.

Pour exorciser tout cela, il faut un bouc émissaire … Là, Florian, tu arrives à point.

Ceux qui courraient après toi hier, ceux qui ont pleuré auprès de toi ou des tiens pour être investis aux régionales ont commencé à accumuler les pierres. Ils attendent « courageusement » le signal pour commencer à les lancer. D’autres n’osent pas encore, au cas où tu bougerais encore.

Pour exorciser tout cela, il faut un bouc émissaire

Avant d’en revenir au local, affirmons, cher Florian que tu mérites un peu les coups. D’abord, on a cru décelé le placement de tes proches sur l’ensemble des fédérations de cette région Grand Est. A tel point qu’elle est devenue ta baronnie.

On laissera les mœurs au domaine privé, mais certains comportements politiques ont eu de quoi énerver. Dans la cage aux fauves qu’est la politique, tu n’as pas toujours soutenus les plus bosseurs, mais les plus philippotistes. Tu mesureras leur courage et leur fidélité dans les prochains jours.

Alors que pleuvaient les coups « nationaux », on attendait les coups locaux. Il ne fallut pas attendre longtemps.

Marie-Hélène de Lacoste-Lareymondie, Grégory Stich et Marion Wilhelm

« Douze élus sur les 46 que compte le groupe Les Patriotes-FN ont signé le courrier adressé le 9 septembre à Nicolas Bay, secrétaire général du FN, dont les Alsaciens Marie-Hélène de Lacoste-Lareymondie, Grégory Stich et Marion Wilhelm » lit-on dans les DNA.

Pour un peu, on se demande qui a tapé le courrier mais tout n’est pas faux ! L’absentéisme, c’est mal et pour ceux qui n’en sont pas, le fait que certains élus soient responsables du parti dans leurs départements ou professionnellement assistants parlementaires peut créer des jalousies.

Peut-on en vouloir à une élue catho d’en vouloir au trop laïc que tu es à ses yeux ? Peut-on en vouloir à cet élu de Guebwiller de croire en son destin en se rasant chaque matin ?

Pas de couilles, pas d‘embrouilles

Tu remarqueras que le 67 ne bouge pas. Non par manque d’envie, mais il ne faudrait pas que tu bouges encore. Silence de tes opposants, de tes soutiens, silence des jeunes loups et louves qui ont fait la queue devant ton bureau ou squatté le répondeur de tes proches avant les régionales.

Echaudé par ses incartades mégrétistes de jeunesse, l’actuel responsable départemental, Laurent Gnaedig sera de ceux qui jetteront la dernière pierre, lorsque tu seras loin… ou mort.

« Le cercle très soudé autour de Philippot a suscité des malaises injustifiés. Certains s’imaginent être victimes de complot », estime Laurent Gnaedig. Le secrétaire départemental FN du Bas-Rhin et conseiller régional minimise ce qu’il considère comme « des erreurs de gestion de relations humaines ». « Cette discussion un peu animée repose davantage sur des animosités personnelles et une frustration post-électorale que sur des divergences idéologiques », croit-il » dévoilent encore le journal.

Voilà qui nous rappelle des propos prêtés à Jacques Chirac : « On greffe de tout aujourd’hui, des reins, des bras, un cœur. Sauf les couilles. Par manque de donneurs ».

On laissera donc les lâcheurs te lâcher. « Le FN c’est Dallas ».

Florian Philippot quitte le FN

Ce matin, tu prends les devants pendant l’émission les 4 vérités en annonçant que tu quittais le Front National : « On m’a dit que j’étais Vice-président à rien, je n’ai pas le goût du ridicule je quitte le FN » rapporte l’Express.

Tu ne laisseras pas le plaisir à certains de sacrifier le bouc-émissaire en place publique. Mais cela ne cache pas le souci de fond du FN, son corpus idéologique et désormais la légitimité de sa présidente qui sera peu de choses, entre Marion Maréchal et Laurent Wauquiez.

Avant que l’on en écrive le prochain épisode, tu peux nous donner ta version, on la publiera. Chiche !

 

Barbara Desvilles

(crédit photo©Gauthier Bouchet)

 

 

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