Depuis quelques jours, Heb’di l’a déjà évoqué, un panneau publicitaire mobile se promène aux entrées des campus universitaires parisiens, arborant un subtil slogan pour inciter les jeunes à arrondir leurs fins de mois en se prostituant :

Hey les étudiant(e)s ! Romantique, passion et pas de prêt étudiant : sortez avec un sugar dady ou sugar mama ! »

Le tout agrémenté d’une photo façon 50 nuances de Grey, au comble du mauvais goût.

Souvenez-vous, il y a quelques semaines, on avait observé le même phénomène aux abords des universités belges. Il s’agit en réalité des campagnes publicitaires du même site internet : RichMeetBeautiful.fr.

Un terrain juridique bien choisi

« Le procureur de la République et la plateforme de signalement ont été saisis pour fermer le site Richmeetbeautiful.fr », souligne une élue parisienne adjointe auprès de la maire Anne Hidalgo. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a quant à elle annoncé que ses équipes étaient en train d’analyser les aspects juridiques du site pour déterminer « s’il s’agit d’un site de rencontres consenties ou de proxénétisme et d’une forme d’incitation à la prostitution, qui pourrait tomber sous le coup de la loi ».

En effet, le site semble profiter d’un flou juridique concernant la distinction entre site de rencontres et plateforme de prostitution. Jugez plutôt :

Ce site norvégien, qui vient de lancer sa campagne en France, se présente comme un « réseau de rencontres en ligne pour hommes et femmes adultes de plus de 18 ans, à la recherche d’une relation mutuellement avantageuse aussi bien pour l’un que l’autre ». Il met en relation des « SugarBaby » (des jeunes filles) et des « SugarDaddy » (des vieux aisés). Ces derniers sont « déterminés et aiment avoir à leur côté de la compagnie séduisante. L’argent n’est pas un problème, ils savent se montrer généreux lorsqu’il s’agit de soutenir une SugarBaby », précise le site. Qui promet : « Retrouvez la jeunesse grâce à la présence d’une jeune femme pétillante. Vous vous sentirez dix ans plus jeune et revigoré avec une SugarBaby ardente à vos côtés »

Beurk… cette logorrhée sucrée me donne envie de rendre mon repas, pas vous ?

Surfer sur la précarité étudiante

L’entreprise a très bien compris quelle cible viser, puisqu’elle mise sur la précarité rencontrée par une partie des jeunes. La création d’une telle plateforme est avant tout le reflet d’un paupérisme croissant : près de 20% des étudiants vivent en dessous du seuil de pauvreté (rapport de l’Inspection générale des affaires sociales en 2015), dans un contexte où le coût de la vie étudiante a augmenté de 2,09% depuis l’année dernière selon l’Union National des Étudiants (rapport annuel datant d’août dernier).

Un autre chiffre alarmant relevé par la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) : 40% des étudiants dont les parents gagnent moins de 1500 euros par mois (et donc ne bénéficiant pas d’une mutuelle complémentaire) ont déclaré avoir renoncé à des soins médicaux.

Le site reechmeetbeautiful.fr, avec son concept de « papis-gâteaux », a donc flairé le bon filon, et c’est bien triste à dire…

Rosalie.

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