L’affaire de la stèle de Strasbourg, un fake buzz !

Fake Buzz, le mot convient pour évoquer l’affaire de la stèle de l’ancienne synagogue de Strasbourg. Buzz parce que l’on a voulu « surfer » sur la vague de faits divers antisémites et antireligieux. Fake parce qu’au final, c’est un banal fait divers.

Au départ, des points d’interrogation

Là se pose la question de la gestion de l’information en période de tension. Là se pose la question de la gestion de la pression par les élus.

Reprenons depuis le départ.

Samedi 2 mars au matin, un passant signale l’état dans lequel il trouve la stèle de l’ancienne synagogue. Déplacée, descellée. Dans l’ambiance liée à l’odieux acte de Quatzenheim, le microcosme démarre en trombe.

Fabienne Keller, prompte a buzzer et en campagne pour les Européennes, démarre : « Ignoble et insupportable… Nouvelle dégradation antisémite cette nuit à #Strasbourg. La stèle rappelant l’incendie de l’ancienne synagogue par les nazis le 30 septembre 1940 a été vandalisée. Les responsables doivent être retrouvés et punis au plus vite. Ça suffit.

Alain Fontanel (https://twitter.com/AlainFontanel/status/1101786531587596293) avait écrit : « Une nvlle fois ds notre ville un acte antisémite La Synagogue #quaiKleber était incendiée par les nazis il y a près de 80 ans la stèle qui évoque ce drame a été vandalisée cette nuit Ns faisons tt notre possible avc les forces de police pr que les responsables soient arrêtés. »

La région Grand Est va encore plus loin : Indignation de @JeanROTTNER devant ce nouvel acte antisémite à #Strasbourg : la stèle commémorant l’incendie de la synagogue perpétré par les nazis en 1940 a été vandalisée. La lutte contre l’antisémitisme doit devenir Grande Cause Nationale #casuffit !

On se devrait de lire cela : « Jean ROTTNER‏Compte certifié @JeanROTTNER 2 mars : Nouvel acte antisémite à @strasbourg. Nouvelles réactions collectives d’indignation. C’est normal #casuffit Mais la lutte contre l’antisémitisme doit devenir Grande Cause Nationale Je l’ai demandé à #Quatzenheim à @EmmanuelMacron @ConsistoireFr

La relecture des déclarations des uns et des autres, aujourd’hui, prend un autre aspect.

La course au communiqué était lancée ! Pourtant, le bon sens et l’observation posaient immédiatement des questions :

  • Qui peut desceller et déplacer à mains nues une stèle de 1.6 tonne ?
  • Qui peut échapper à la vidéosurveillance dans l’une des zones les plus caméra surveillée de Strasbourg ?
  • Pourquoi n’y a-t-il aucun tag sur la stèle et les panneaux alentour. ?

Dieu reconnaîtra les siens ?

« Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ». Nous n’étions pas au massacre de Béziers mais bien à Strasbourg. La dénonciation d’un nouvel acte antisémite en Alsace prenait comme une traînée de poudre bien allumée.

« Mais pourquoi l’Alsace » criaient certains.  « Vandalisme antisémite en plein cœur de la ville » titraient les DNA

Laissons de côté Dieu pour bien comprendre qu’ici, il s’agissait d’abord d’ego d’élus en campagne ou prompts à se positionner, sans doute sous la pression.

Un fait divers et rien de plus

Dans les faits, l’affaire est plus proche du « very bad trip » !

« Les policiers ont mené une exploitation très poussée des images de vidéosurveillance. Vers 6 h 50, on y voit un véhicule garé près de la stèle sur le parvis de la place des Halles, les phares allumés. L’audition de témoins — nombreux vers 7 h à la fermeture de la discothèque voisine — les a mis sur la piste accidentelle.

Les recherches ont permis d’établir qu’une voiture est montée sur l’esplanade bordant l’allée des Justes-parmi-les-Nations. En effectuant une marche arrière pour quitter les lieux, son conducteur a heurté le monument en granit avec son crochet d’attelage — l’empreinte laissée a pu être confondue avec une trace de levage. Simplement posé sur un socle en béton, le monolithe a basculé » lit-on aujourd’hui dans le quotidien .

Pour un peu, on imaginait, nous, l’auteur des faits un peu éméché, le verre de trop dans le gosier.

Ce fait divers puisque telle est son appellation désormais devrait avoir trois leçons :

  • Rappeler les vraies horreurs de l’Histoire et la destruction d’une synagogue magnifique ignorée à notre avis par de nombreux Strasbourgeois,
  • rappeler l’impératif enfantin de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de communiquer ;
  • Rappel et la leçon d’une fable qui impose de ne crier « au loup » qu’à bon escient.

L’auteur des faits sera convoqué par la justice en juin. Il n’a pas su maîtriser son véhicule. D’autres sur les réseaux, n’ont pas su se maitriser et aspire à tenir le volant de la ville, du pays, des affaires européennes.

Souhaitons en attendant que d’autres enquêtes aboutissent ! Là, il y a un vrai boulot et peut-être de vrais loups ou des louveteaux abrutis, en mal, eux aussi, de buzz.

Stanislas Metz

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