En 2017, 530 médicaments figurant sur la liste des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) ont été en rupture d’approvisionnement, soit 30% de plus qu’en 2016 et 12 fois plus qu’en 2008. Un phénomène structurel, principalement dû à des difficultés de production, selon la version officielle.

Pénurie de médocs en stock

Il y a rupture d’approvisionnement d’un médicament dès lors qu’une pharmacie de ville ou d’hôpital se trouve dans l’impossibilité de le délivrer à un patient dans un délai de 72 heures. Dans le cas des MITM, une pénurie de médicaments peut aller jusqu’à mettre en jeu le pronostic vital des malades, avec notamment des ruptures de soins, des arrêts de traitements chroniques ou encore des reports d’opérations. En tête des médicaments les plus touchés figurent les anti-infectieux, dont les vaccins, les médicaments du système nerveux (épilepsie, maladie de Parkinson…) ainsi que les anticancéreux.

Normalement, les ruptures d’approvisionnement sont tantôt imputables à des difficultés liées à la production (capacité de production insuffisante, retard, manque ou absence des matières premières, mauvaises prévisions de vente, défaut de qualité, incident…), tantôt à un arrêt de commercialisation ou encore à des problèmes logistiques responsables d’une rupture de la chaîne de distribution. Des phénomènes accentués par la concentration et la délocalisation des usines, ainsi que par le mode de production en flux tendu (pas de stock).

Désormais, 60% à 80% du volume de matières premières à usage pharmaceutique sont fabriqués en dehors de l’Union Européenne. Or ce taux ne dépassait pas 20% il y a 30 ans, selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales. « À des milliers de kilomètres des sources de production, tout aléa politique, informatique, industriel, climatique, de transport, a immédiatement beaucoup plus d’impact. Toute la chaîne peut se retrouver bloquée en raison de la rupture d’un simple excipient », illustre l’Ordre des pharmaciens. En clair, il suffit d’un grain de sable pour endommager cet engrenage titanesque.

Les effets du business de la santé

Officiellement donc, les causes de la pénurie de médicaments sont économiques, même si ces conditions économiques nouvelles ne sont pas tombées du ciel mais sont la conséquence du jus de crâne d’un certain nombre de pharmaco-financiers (à moins que ce ne soit l’inverse) qui n’ont qu’une obsession : faire du fric.

Même nos voisins helvétiques, vulgairement appelés “suisses”, et grands spécialistes, s’il en est, des médicaments, se sont mis à douter de certaines explications économico-folkloriques des labos. Ce sont nos amis de “La revue médicale suisse” qui posent la question :

Comment expliquer cette pénurie ? Car enfin, nous vivons à l’époque d’internet, des mégabases de données, de la production sécurisée et de la maîtrise des stocks. Produire suffisamment et à temps un petit groupe de substances d’une complexité moyenne ne devrait poser aucun problème. L’échec croissant à y parvenir a quelque chose d’étrange. La négligence ? Elle semble peu probable. Ça sent la manœuvre concertée. Il importe de creuser.

Et ils mettent le doigt où il faut, comme dit mon amie Cécile :

Dès que menace une pénurie, des quotas sont instaurés et, évidemment (évidence commerciale), les pays les plus généreux sont les mieux servis. Après, une fois son quota épuisé, chaque pays doit faire appel au marché gris. En pleine expansion, ce marché est tenu par des importateurs et des intermédiaires qui font fortune en achetant en masse (ce qui crée la pénurie) pour revendre au plus offrant, à prix décuplé” expliquent-ils.

Nous voici au cœur de l’explication. La pénurie elle-même est un produit du système marchand. Car c’est elle, la pénurie, qui permet de faire monter les prix en se libérant du carcan des décisions étatiques cherchant à les contrôler. Il faut stresser le système : voilà l’abc de la stratégie commerciale. C’est en malmenant la chaîne de livraison, en ne respectant pas les promesses, en créant l’incertitude et une angoisse de manque, qu’on peut obtenir davantage qu’un prix correct.”

Voilà, c’est dit (mais pas par Le Figaro qui a dû oublier…). Les labos qu’on sait cyniques sont aussi pragmatiques. Si la pénurie nous fait gagner davantage de pognon, pourquoi ne pas organiser cette pénurie? On serait vraiment cons de ne pas le faire, non? D’autant que d’ici que les pouvoirs publics prennent des mesures…

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