Il y a une dizaine d’années, alors que Sélestat proposait encore un vrai Festival du Dessin d’humour et de presse, Veesse se présentait ainsi :
Je suis né 9 ans après la fin du deuxième désastre mondial, pour  appeler  la guerre par son vrai nom, d’une mère allemande et d’un père français, à Mulhouse.

Une ville qui ne voyait son avenir qu’à travers la poursuite de son gigantisme industriel, mais qui n’a pas vu arriver le déclin, toute éblouie encore par ses éclats du XIX, et qui aujourd’hui tente de soigner sa gueule de bois en courant après les chimères de la redynamisation à travers les pôles de compétences.

Sans talent, sans ambition, l’école n’a révélé chez moi que des dispositions à gribouiller les marges de mes cahiers, mais avec détermination et en tirant la langue.

Au brevet des collèges à l’examen de mathématiques, l’étude des fonctions ne m’ayant pas beaucoup inspiré, j’ai dessiné un magnifique quadriréacteur long-courrier, mais ça n’a pas suffi à convaincre les examinateurs de mes capacités de constructeur.

Fort de ses échecs je n’ai donc pas de diplôme, mais avec mention : « sans rancune ».

L’école des beaux arts des industries textiles n’accueillant que de bons élèves appliqués et prometteurs n’a pas souhaité me voir traîner dans ses couloirs.

L’usine si, on a vu plus haut qu’elle était dévorante de tout, des hommes des moyens et des savoirs.

J’ai donc un CAP d’ajusteur mécanicien, et de dessinateur industriel en constructions mécaniques. Enfin la planche à dessin.

L’univers des grands ateliers m’a montré qu’il peut y avoir de la vie dans les endroits les plus improbables, et c’est là dans ses hangars bruyants, enfumés, que le dessin a trouvé un sens.

Petit à petit, il devient réquisitoire pour la vie, la dignité, dans ces lieux ou la déshumanisation des rapports était la règle. Les premiers grands consommateurs de mes dessins furent les syndicats, puis les publications alternatives.

Aujourd’hui encore, malgré quelques passages dans la grande presse, la meilleure audience je la trouve dans de courageux petits journaux satiriques.

En plus de Heb’di, Veesse à dessiné dans :
« Infos Paysans », bulletin de la Confédération Paysanne d’Alsace-Lorraine
« Consommateur avisé » Bulletin de l’Union Fédérale des Consommateurs du Haut-Rhin
« Vivre l’Alsace » bimestriel pour une Alsace qui décoiffe
« La Feuille Verte » mensuel des Verts d’Alsace
« L’Agglo’rieuse » de Montpellier, l’hebdo qui sait emballer le poisson