Douce France

Cette semaine, les rues revêtent des allures d’été 98 : balcons parés de drapeaux tricolores, slogans « Allez les bleus » qui s’immiscent jusque sur les panneaux d’affichage des stations de tram, ambiance allègre qui flotte dans tous les bistrots de quartier… bref, le cœur est à la fête en attendant la grande finale de dimanche !

Le dernier numéro du Monde consacre un dossier à cette liesse estivale qui nous change un peu des actualités sanglantes habituelles.

Florilège de mots récoltés un soir de victoire contre les Belges :

Village de Fontain (Doubs)

Laurence Dutel, une enseignante de Besançon, pas footeuse pour un sou, s’étonne elle-même de porter un maillot des Bleus sur le dos : Je l’ai acheté aujourd’hui. C’est la première fois que j’en mets un. […] Si mes élèves me voyaient !”

Marseille

Cette victoire, c’est la preuve que la France black-blanc-beur a toujours existé, il fallait juste l’appeler, s’enthousiasme Faha Moussa, 28 ans, venus regarder le match avec 4 amis.”

Pas dupe, Alex Tabakov, accoudé au zinc du bar de l’Avenir :

Si on gagne, ça va encore profiter à Macron. A chaque victoire, c’est la même chose. Chirac en a bien profité en 1998, et on a bien mangé des pommes.”

(Alex n’a toutefois pas boudé son plaisir à fêter avec les copains la victoire contre les diables rouges.)

Cette communion toute exceptionnelle que permet le foot, c’est encore deux potes venus festoyer sur les Champs Elysées qui en parlent le mieux :

« Le foot, ça rassemble beaucoup de gens qui n’ont rien à voir, on met plein de choses de côté, ça transcende tout ! […] Trouvez un autre sport où c’est comme ça : cela n’existe pas. Il n’y a que le foot pour créer un tel bordel », dit l’un des deux hommes en arborant un maillot gris flanqué de la devise nationale détournée : « Liberté, Egalité, Mbappé ».

Et malgré mon amour pour mille autres sports que le football, force est d’admettre que l’euphorie que Laurence Dutel, Alex Tabakov, Faha Moussa, les deux potes des champs Elysées et des millions d’autres français partagent au même moment par-delà les kilomètres, il y a qu’un ballon rond qui peut créer ça…

En avant foot !

Afin de calmer nos ardeurs, le billet d’Yvan Gastaut en ligne sur le site de Marianne nous rappelle les enjeux politiques et diplomatiques historiquement liés à la coupe du monde de football, ce qu’un Macron déchaîné en tribune ne viendra pas contredire :

Tout sauf apolitique, le football est une formidable caisse de résonance des tourments du monde.”

A lire et à méditer par ici.

Le nouveau Machiavel

Toujours dans les papiers du Monde, Jérôme Gautheret, correspondant à Rome, retrace dans un excellent article le destin de Matteo Salvini, l’homme fort du gouvernement transalpin, actuel ministre de l’intérieur.

L’on y découvre l’art de communiquer du milanais : c’est une « machine Salvini qui sature l’espace médiatique ». Car l’homme maîtrise les codes des réseaux sociaux, qu’il préfère aux canaux de communication officiels. Toutefois, la recette du succès tient à ceci que la Ligue de Salvini a su conserver « un pied dans la culture politique du XXe siècle » :

Salvini n’est jamais aussi efficace que dans ces réunions faussement improvisées où s’il s’adresse à une centaine de sympathisants conquis d’avance. […] Il se consacre à d’interminables séances selfies, embrassant les personnes âgées et plaisantant avec les enfants. […] Ce lien charnel avec son électorat est le secret de sa popularité.”

Un autre élément, plus sulfureux, nourrit l’aura du chef : l’exaltation permanente de sa personne, de ce « Matteo » que chacun veut toucher, qui exhibe sans complexe ses kilos en trop, et dont la compagne, Elisa Isoardi, se fait photographier en repassant ses chemises… Dans l’histoire politique italienne, un seul leader s’est livré à ce genre de mise en scène de soi : c’est le père du fascisme, Benito Mussolini.”

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre ! Et on découvre, au fil de l’article, que Mussolini est une référence à laquelle beaucoup de membres de la Liguesollicités pour l’enquête du journaliste- ont fait spontanément référence.

Mais plutôt que de s’aventurer sur le terrain de l’histoire, Salvini préfère souligner son admiration pour Donald Trump et Vladimir Poutine. Et le journaliste de terminer, sur une conclusion un brin effrayante :

A la tête d’un parti vierge de tout passé fasciste ou colonialiste, il incarne, chose nouvelle en Europe, une extrême droite exonérée de tous les crimes du XXe siècle et qui n’a donc pas à se soucier de sa dédiabolisation. Sans passé et sans avenir déterminé, sa rhétorique se déploie dans un présent infini, et revendique pour unique boussole un « bon sens » sans connotation idéologique. Le 1er juillet, lors du rassemblement annuel de la Ligue à Pontida, une bourgade des environs de Bergame en Lombardie, Matteo Salvini a affirmé à la foule que sa victoire était totale, et que le parti serait au pouvoir pour trente ans.”

Mots de Tour de France

Parce qu’il n’y a pas que le foot dans la vie, les Décodeurs nous ont concocté un petit kit de survie pour comprendre et déchiffrer le Tour de France et son vocabulaire imagé ! On apprendra ainsi la signification du chasse-patate :

  • (en) adv. ♦ se dit d’un coureur qui se trouve entre deux groupes de cyclistes sans avoir réellement la possibilité de rejoindre celui qui le précède.

Ou encore du grupetto :

  • m. (de l’italien gruppetto) ♦ venant de « petit groupe » en italien, ce terme désigne en fait le groupe des coureurs qui peinent dans les ascensions et qui se regroupent pour terminer l’étape.

Avec quand même un petit faible pour la tactique de Deutsche Telekom :

  • m. (de l’allemand) ♦ littéralement ne suivre aucune tactique et faire n’importe quoi.

C’est celle qu’on préfère ici à Heb’di, c’est notre philosophie de vie !

Joyeusement vôtre,

Rosalie.

 

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