Il était un petit navire

Comme il est triste, ce spectacle de l’Aquarius et de ses 629 passagers qui erre en Méditerranée sans port pour l’accueillir.

(photo©Rosalie)

Et cette situation qui incarne à elle seule l’absurdité de la gestion européenne de la crise des migrants tend à jouer les prolongations : alors qu’elle faisait finalement route vers l’Espagne, l’embarcation a dû changer de cap à cause des conditions météorologiques difficiles.

En ce moment, le navire affrété par SOS Méditerranée navigue au large de la Sardaigne. Alors que le bon sens voudrait que l’Aquarius puisse rejoindre le port le plus proche, la traversée éprouvante n’est donc pas terminée pour ses passagers épuisés. Entre inaction, renvoi de balles, consignes inégales et éparpillées des pays membres de l’Union, on aurait presque envie de rire du ridicule de la situation. Au détail près qu’elle concerne plusieurs centaines d’êtres humains dont sept femmes enceintes, 11 enfants en bas âge et 123 mineurs isolés.

 

Le sentiment que les marins partagent, c’est une énorme indignation. Les gens sont en colère parce que nous ne sommes qu’à quelques encablures d’une côte européenne, la Sardaigne, et qu’on pourrait débarquer à n’importe quel moment. On trouve ça indécent de faire voyager ces gens encore plusieurs jours et de leur faire subir ces conditions maritimes après tout ce qu’ils ont vécu.”

Mots bleus

C’est de ce même Aquarius que l’écrivain Julien Decoin nous parlait dans son beau discours de remerciement, alors qu’il recevait ce mardi le prix Tabarly pour son dernier roman, Soudain le large. Des mots qui résonnent avec justesse dans l’océan de l’actualité européenne :

[…] Dans mon discours de remerciements, j’écris : «La mer n’est pas un sanctuaire, la mer n’est pas un temple, la mer n’appartient à personne. La mer est un pays de liberté, où l’on va où on veut. La mer est un pays d’égalité où toute coque se vaut. La mer est un pays de fraternité où on ne laisse jamais personne à la porte d’un port. Il doit toujours y avoir une place, même la meilleure, même la plus luxueuse, pour n’importe qui.» En écrivant ce discours, j’apprends que l’Aquarius et ses 629 naufragés errent en mer Méditerranée, sans port pour l’accueillir, tel un bâtiment pestiféré. Sur mon voilier de 5,70m, j’ai comme équipement de sécurité, une VHF, radio allumée le temps de la navigation et à l’affût des annonces du Cross (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) qui relaie sur le canal 16 les avaries et les détresses, les «pan pan» et les «mayday» des autres navires. Selon leur distance, selon les indications des autorités et selon la gravité, à moi, capitaine de mon navire, de leur porter secours. En mer, il n’y a pas d’hésitation possible, il n’y a pas de jugement possible, il n’y a pas de valeur autre que celle de la vie humaine. En mer, on ne peut pas laisser résonner un «mayday» dans la cabine. En mer, il faut sauver. […]”

Aujourd’hui, j’ai le sentiment que la mer ne doit pas être fière de nos lois, ni de mes beaux discours. Aujourd’hui, j’ai honte de ne pas être en mer.

Un chasseur sachant chasser la baleine

La dernière entreprise islandaise de pêche au rorqual, deuxième plus grand animal de la planète derrière la baleine bleue a annoncé qu’elle reprenait son activité à compter du 10 juin 2018. L’espèce est pourtant classée « en danger » depuis 1996 par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

L’entreprise avait suspendu son activité depuis 2016, en proie à des difficultés commerciales avec son plus gros client, le Japon.

Outre le caractère protégé de certaines espèces, c’est la mise à mort particulièrement violente des baleines qui suscite les critiques. «Leur agonie est très longue. Quand les pêcheurs utilisent des harpons simples, la prise dure des heures, et la baleine s’épuise et se noie lentement », explique Benjamin Benti, doctorant à l’université de Strasbourg. Il existe des harpons explosifs, développés pour tuer la baleine à l’impact. Mais les chasseurs les utilisent peu, parce qu’ils abîment la viande qu’ils ne peuvent ensuite plus vendre. Les baleines sont ensuite hissées sur le pont pour être découpées, parfois encore vivantes.”

Pourtant, la consommation de viande de baleine est en net déclin dans les trois pays qui en pratiquent encore la chasse (Islande, Norvège et Japon). Et surtout, elle est incompatible avec l’image de destination touristique « nature » dans laquelle se drape un pays comme l’Islande. Car les sorties en mer d’observation des cétacés attirent toujours plus de touristes venus se laver la conscience et se mettre au vert. Bref, les baleines deviennent plus rentables fraîches et vivantes qu’écrasées dans nos tubes de rouge à lèvre ou piquées en brochette dans nos assiettes. Espérons que cela fera bouger les choses.

(rorqual commun, source : WWF)

Pesticides naturels

Décidemment, la mer a encore des surprises à nous offrir !

Une équipe de chercheurs s’est ainsi tourné vers l’espace maritime pour trouver des alternatives aux pesticides de synthèse :

Des microalgues présentent en effet d’étonnantes propriétés utiles pour lutter contre certains pathogènes qui ravagent les cultures.”

Homme à la mer, Homme et la mer

Au fait, c’est quoi la mer ? C’est un peu la frontière qui entoure notre monde, qui en délimite notre vision. Elle lui donne forme, le dessine par ses bras, le cartographie. Mais c’est aussi un espace sauvage qui n’appartient à personne, un des derniers lieux de résistance du monde naturel.

Mais aujourd’hui, « la mer prend cher ». Elle est le théâtre de tragédies environnementales, humaines, sociales (surpêche, chasses interdites d’espèces en voie de disparition, pollution des océans, fonte des glaces, marées noires, naufrages des embarcations de migrants …etc.). On a beau faire, l’humain n’est jamais bien loin lorsqu’il y a anguille sous roche. Parce que quoi qu’il arrive, les hommes et la mer devront vivre ensemble : c’est une histoire d’amour et de haine qui dure depuis toujours.

La preuve, ce petit festival breton de la photographie qui s’affirme un peu plus chaque année, « l’Homme et la Mer » et qui a lieu à Guilvinec, dans le Finistère (là où la terre s’arrête). Pour l’occasion, 8 photographes investissent les murs et les rues de Guilvinec.

Camarade alsacien, si tu ne peux te déplacer chez tes amis bretons, les photographies (sublimes) sont visibles par ici. J’espère qu’elles te feront apprécier la beauté sauvage de notre océan.

Embruns et fleur de sel sur vos joues,

Rosalie.

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Une réaction à "Vendredi, ce n’est pas l’homme qui prend la mer…"

  1. Un utilisateur a commenté:

    […] D’ailleurs, la mer se trouvait au centre des projecteurs de l’actualité de cette semaine. Fraîchement pêchée dans une revue de presse maritime que tu peux retrouver juste ici. […]